Mariama, sourde et créatrice de mode

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Châtillon, mairie annexe, rue de la gare, samedi. Agée de 57 ans, Mariama Diallo allie depuis des années la mode de Paris et la mode africaine. Aujourd’hui, elle a décidé de prendre sa retraite et d’aider d’autres créateurs... sourds ou non.

Sourde depuis l’âge de trois ans, Mariama Diallo s’exprime par la création de vêtements aux lignes élégantes, aux couleurs chatoyantes. Samedi, la couturière et styliste a tiré sa révérence lors d’un défilé organisé dans sa ville, à Châtillon. « J’ai déjà fait des défilés à Paris, mais ici, c’est la première fois », dit-elle en langue des signes, entourée de son fils et d’une amie, tous deux interprètes pour l’occasion.
Et Châtillon, c’était important, confie Mariama, qui tenait à mettre fin à sa carrière « ici ».

La couture l’a « reveillée » à l’âge de 14 ans

Elle vient à peine de fermer boutique, mais déjà cette femme au regard intense envisage d’aider de jeunes créateurs à monter leurs collections, de partager son savoir-faire avec des sourds. En s’investissant dans des associations, elle souhaite encourager des personnes souffrant du même handicap qu’elle à se lancer. Mais annonce aussi son souhait de transmettre son expérience à des « entendants ». Agée de 57 ans aujourd’hui, Mariama a perdu l’ouïe dès la petite enfance. Dans le même temps, elle arrivait en France avec ses parents, du Sénégal, où elle est née. « J’étais renfermée, traduit son fils. Quand j’ai compris que j’avais beaucoup de retard et que je devais faire plus d’efforts, je suis devenue très motivée. » La couture l’a « réveillée » à l’âge de 14 ans. « Depuis, je n’ai jamais arrêté de coudre. »

Sans son défaut d’audition, Mariama n’aurait probablement jamais créé de vêtements. « J’aurais été dactylo, employée », imagine-t-elle en faisant la moue. L’inspiration, Mariama la trouve « dans les magazines, dans la rue » au gré des voyages, qu’elle adore. « Je suis toujours en train de penser, de réfléchir. Sinon, c’est l’ennui. » Cet ennui que la créatrice redoute tant à l’aube de la retraite. « D’abord, il faut vendre tout cela », sourit encore Mariama en désignant les sacs et valises de vêtements.

A coup sûr, Catherine comptera parmi ses clientes. Emballée par « ce grand défilé », cette fan de mode de 35 ans s’est régalée devant cette collection « à la fois exotique et très classe », commente-t-elle, avant de s’enquérir de la manière de contacter Mariama pour pouvoir examiner les modèles de plus près. La créatrice est fière d’avoir su allier la mode de Paris et la mode africaine.

Source : http://www.leparisien.fr © 9 Avril 2012 à Paris

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