La  » culture sourde  » s’affiche

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“ Ensemble signons ” organise à Bocapole “ un événement exceptionnel de la culture sourde ”. La langue des signes est à découvrir samedi.

Le signe « Venez ! » décomposé par « Ensemble signons ». Une invitation à découvrir le monde des sourds.

Un enfant sourd de parents entendants ne partage pas la même langue que ses parents. Ce que Stéphanie Bonnet annonce comme une évidence ne l’est sûrement pas pour la plupart des gens. Car à bien y réfléchir, c’est vrai qu’un enfant sourd parle la langue des signes et ses parents le Français.

 » La langue des signes est une langue visuelle « 

« Le français est sa langue maternelle mais sa langue naturelle est le langage des signes. »
Membre fondatrice de l’association « Ensemble signons » avec Sandrine Rambault et Gaëlle Marollaud, Stéphanie Bonnet milite pour vaincre cette méconnaissance qui règne entre sourds et entendants. Depuis sa création en 2009, l’association bressuiraise veut faire communiquer les deux mondes.
Elle a lancé en 2010 des « Cafés signe » au « Gorillaz » puis au « Zaguan ». Mais ces rencontres qui devaient originellement permettre aux sourds et malentendants de dialoguer se sont heurtées à un malentendu, certains y assistant pour apprendre la langue des signes.
L’effort est louable. « Mais la langue des signes est comme une autre. Elle s’apprend au calme, en cours, avec des professeurs qualifiés. »
Depuis, l’association a donc organisé des visites du château de Saint-Mesmin et des balades à poneys. Toujours avec cet enjeu de faire communiquer les deux mondes des sourds et malentendants et des entendants. Même chose pour l’arbre de Noël, les interventions dans les écoles, les crèches, les centres de loisirs…

Un monde à découvrir

Samedi, « Ensemble signons » passe à une autre étape en organisant à Bocapôle ce qu’elle qualifie d’«événement exceptionnel de la culture sourde ». « Événement exceptionnel », chacun comprend. Mais « culture sourde » ?
« La langue des signes est une langue visuelle » rappelle Stéphanie Bonnet. « À ce titre, elle a permis aux sourds de développer leur propre humour, leur propre vision du monde. » Comme toutes les évidences, celle-ci mérite d’être dite. Les sourds perçoivent le monde différemment, avec la force d’autres sens décuplés. Et leur culture s’en ressent.
Car les jeux de mots ont leur équivalent en langue des signes. Les sourds rebaptisent le monde dans leur langue des signes. Hommes et femmes célèbres sont qualifiés par leurs tics ou leurs traits physionomiques, les villes par leur orthographe en langue des signes, leur géographie et/ou leur histoire. Le « B » de Bressuire se prononce différemment du « B » de Bordeaux.
Les sourds vivent dans un monde parallèle, riche d’une culture qu’on ne soupçonne pas. C’est cette culture que « Ensemble signons » entend exposer aux sourds mais aussi aux entendants. Les spectacles qu’elle propose samedi s’adressent aux uns et aux autres.

Samedi 31 mars à Bocapole. 14 h 30 : conférence sur l’éducation bilingue avec Michel Lamothe (gratuit), 17 h : théâtre pour enfants (à partir de 18 mois, 5 €), animation, ateliers, 20 h 30 : théâtre à voir en famille (à partir de 7 ans, 12 €). Réservations : tél. 06.87.45.10.10. ou 06.30.62.81.02 (SMS) ou ensemblesignons79@ yahoo.fr

l’avis de l’expert

 » Un enfant né sourd restera sourd « 

Aussi cruel que paraisse le verdict de Stéphanie Bonnet, il se veut réaliste. On peut comprendre que les parents d’un enfant né sourd tentent tout pour lui faire recouvrer ce sens. « Malheureusement, la plupart des médecins commencent par préconiser un traitement ou une implantation. » déplore Stéphanie.
« Malheureusement, parce que la plupart des sourds profonds resteront sourds profonds. » assène-t-elle. « Nombre de médecins ne connaissent pas le monde de la surdité et les parents veulent que leur enfant guérisse. » Plus qu’un acharnement de ce type, les membres de « Ensemble signons » préfèrent un apprentissage de la langue des signes.
« La surdité n’est pas forcément un handicap. Les sourds éduqués à la langue des signes s’épanouissent beaucoup mieux. » milite Stéphanie qui s’appuie sur l’exemple de l’école bilingue « Deux langues pour une éducation » de Poitiers dont le créateur, Michel Lamothe, sera présent samedi.

repères

La surdité et la langue des signes ont leur histoire. Et leurs guerres de chapelles. Étonnamment, la langue des signes n’a été autorisée que très récemment en France. Jusqu’en 1992 et une loi Fabius autorisant les parents à choisir l’éducation de leur enfant sourd, elle était carrément mise à l’index en France.
Tout cela parce qu’en 1880 un congrès, à laquelle la France participait, a penché en faveur de l’oralisation des enfants sourds. Une solution qui peut s’envisager pour les sourds qui ont entendu mais difficilement applicable aux enfants nés sourds. La langue des signes n’est revenue en France que dans les années quatre-vingt depuis les USA. Avec d’autres pays, les États-Unis avaient alors développé une pédagogie et une culture sourde qui s’est heurtée aux blocages européens. Encore maintenant, la querelle entre les deux chapelles est vivace.


Source : http://www.lanouvellerepublique.fr © 29 Mars 2012 à Bressuire

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