Des mairies exemplaires ?

0
Les agents de la ville et leur professeur Giovanni Rito (à gauche). Pour la photo, chacun signe son prénom.

À l’occasion de la semaine pour l’emploi des personnes handicapées, il a beaucoup été question des entreprises privées mais qu’en est-il des mairies ? Les approches sont différentes selon les villes. À Halluin, des agents municipaux sont formés à la langue des signes.

Sur les 357 fonctionnaires de la ville, 22 personnes sont porteuses d’un handicap, c’est un peu plus que l’exige la loi. Une approche « historique » dans cette collectivité qui consacre un poste à temps complet à la question du handicap au travail et à la prévention des risques professionnels. « Au quotidien, notre principale problématique est de maintenir durablement et dans de bonnes conditions ces personnes au travail face à des pathologies qui évoluent, explique Alexandre Bobet, chargé des ressources humaines en mairie. Et au-delà du taux d’emploi imposé par la loi, c’est avant tout un état d’esprit. » C’est Philippe Lacante qui assure cette mission d’accompagnement et de prévention. Hasard du calendrier, il encadrait cette semaine une formation en langue des signes à laquelle ont pris part 11 agents municipaux cette année. La ville emploie quatre personnes atteintes de surdité et de troubles de l’audition.
« Le souhait est de permettre aux agents qui côtoient ces personnes au quotidien de mieux communiquer », indique Philippe Lacante. L’enthousiasme des élèves rencontrés à l’occasion d’un cours cette semaine trahit surtout une belle aventure humaine. Cette formation, particulièrement exigeante de 240 heures, est assurée par le Centre de formation à la langue des signes de Lille. « On part de petits dessins sur les situations de la vie courante et le professeur nous apprend à signer. Cette semaine on a commencé à construire des phrases », poursuit Philippe Lacante. « C’est incroyable comme il nous comprend », confie Véronique à l’attention de Giovanni Rito, professeur en langue des signes formé à Paris 8, sourd et muet. Pour tous, la langue des signes est une découverte et chacun s’étonne de l’intensité qu’elle suscite sur le plan de l’expression corporelle. « On a tendance à sous-évaluer les personnes sourdes, note Bernard qui travaille avec une personne malentendante au service propreté de la ville. Quand on est capable d’établir le dialogue, on s’aperçoit que la personne se livre beaucoup plus socialement et humainement. » À sa voisine d’exprimer : « C’est un handicap qui n’est pas perceptible… On réalise que dans son quotidien, la personne sourde doit s’adapter à la société alors que cela devrait être l’inverse. »

Les 6 % de travailleurs handicapés atteints presque partout

Les collectivités doivent embaucher 6% de travailleurs handicapés comme dans le privé. À défaut, elles s’acquittent d’une contribution. C’est le cas de Roncq et de Comines. Les villes du secteur s’adaptent en fonction de leurs réalités. La loi impose aux entreprises privées comme aux collectivités d’employer 6 % de personnes en situation de handicap. Sur le plan national, le chemin est encore long avec un taux d’emploi d’à peine 4 % dans la fonction publique (200 000 personnes sur les 5,2 millions d’agents de la fonction publique). C’est la ville d’Halluin qui se distingue avec un taux d’emploi de 6,16 %. Sur les 357 employés de la ville, 22 personnes sont porteuses d’un handicap dans cette collectivité -le plus gros employeur de la ville- qui pratique l’autogestion (elle ne délègue pas au privé). La ville de Linselles qui emploie 17agents n’a pas attendu les législateurs pour recruter des personnes en situation de handicap : « Nous étions à 6 % avant la réglementation », indique M.Vandevelde, directeur général adjoint des services. La mairie a été l’une des premières du secteur à se doter d’un ascenseur. Idem pour la mairie de Bousbecque (6,05 %) qui travaille, depuis longtemps, en lien étroit avec l’ARPIH. À Comines, l’approche est différente. Sur les 200 salariés (permanents et saisonniers) qui entrent dans le calcul, 5 personnes étaient en situation de handicap au 1e r janvier 2010. Un choix pour cette ville moyenne qui a choisi de recourir, pour moitié des obligations faites par la loi, à de la sous-traitance de type ESAT (Établissement et service d’aide par le travail). Pour Comines, il s’agit aussi de maîtriser la masse salariale. Cette année, la ville devra néanmoins compléter sa contribution par le paiement d’une « pénalité » au FIPHFP. Elle équivaut à 600 heures de SMIC par unité manquante. Les fonds recueillis par cet organisme permettent le financement d’actions ou d’équipements au sein des col lectivités. L’emploi des travailleurs handicapés ne serait pas qu’une question de volonté selon le maire de Roncq. Cette année, la ville devra s’acquitter d’une contribution de 43 900 euros pour compenser un taux d’emploi très éloigné des 6 % lié aux réductions de personnel notamment. Niveaux de formation, configuration des bâtiments… Pour Vincent Ledoux, plusieurs réalités sont à prendre en compte. « C’est une problématique très complexe. Nous travaillons beaucoup à l’adaptation des postes pour les agents dont la santé se dégrade. » Et d’évoquer un autre aspect : « Beaucoup de personnes ne souhaitent pas être reconnues comme travailleurs handicapés et n’entrent pas dans le calcul. C’est un choix qu’il faut respecter. »

Source : http://www.nordeclair.fr © 20 Novembre 2011 à Halluin

Écrire un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.