Un code gestuel pour secouristes internationaux

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Urgences Inspiré du langage des signes, l’outil comporte 125 signes qui décrivent l’état d’une victime et les soins à apporter

Pour le docteur Christophe Berna, urgentiste à Strasbourg, tout commence par un exercice. Alors qu’il participe en 2005 à la simulation d’une attaque au gaz sarin dans une gare, il constate les difficultés de communication entre partenaires de la chaîne des secours. « L’audition et la parole étaient limitées par la tenue de rigueur que nous portons en cas de risques nucléaires, radiologiques, bactériologiques, chimiques et explosifs. Sans compter l’environnement sonore assourdissant. Nous avons testé ce soir-là différentes parades. Mais sans succès. »

Une des idées trouvées, l’écriture sur ardoise, s’est avérée fastidieuse et encombrante. La communication par radio, extérieure à la combinaison, ne résout pas le problème de la distorsion phonique provoquée par les protections. Le médecin constate alors que, faute de mieux, les équipes, pour se comprendre, se rabattent spontanément sur les gestes. « Cela n’a pas donné de meilleurs résultats car ça n’était pas structuré, mais l’idée était là : créer un code de communication visio-gestuel. »

Renseignement pris, l’idée s’avère aussi simple qu’inédite : « En faisant des recherches, notamment auprès de plongeurs ou encore du GIGN (groupe d´intervention de la gendarmerie française), j’ai été très surpris de constater qu’aucun code gestuel médical n’avait jusque-là été élaboré dans le monde ! » Dans le cadre de son travail à l’hôpital, le docteur Berna côtoie alors le Maillon blanc, une unité d’accueil de patients sourds, dont l’équipe, bilingue, pratique à la fois le français et la langue des signes française (LSF). « Qui mieux qu’eux pouvaient appréhender un code de communication basé sur la gestuelle ? » Ainsi est né le code Toxcom. « Nous n’avons pas travaillé à une simplification de la langue des signes, complexe à assimiler, mais à un code pratique et intuitif, avec un nombre de signes restreint pour obtenir une forte réminiscence », précise Danièle Baly, interprète et membre du projet.

Un sourd est le professeur

Composé de 125 signes qui s’articulent entre eux, le code couvre l’essentiel des échanges entre secours en situation de risques nucléaires, radiologiques, bactériologiques, chimiques et explosifs. Ils traitent essentiellement de l’état de la victime, de gestes techniques et de traitements à appliquer…

Une fois le code créé, restait à l’enseigner. Originalité : cela se fait en immersion : « Sur les deux jours de formation, seule la première est parlée, explique Roberto Biedma, enseignant et sourd. Ensuite j’entre en scène et les élèves doivent se focaliser sur mes mains. Cette situation, inhabituelle pour eux, leur permet d’intégrer des notions très importantes dans la communication silencieuse, comme la précision des gestes et leur placement. Si le code est erroné, il n’y a pas d’échappatoire par l’emploi de l’oral possible avec moi. Enseigner un savoir à l’entendant pour pallier un handicap est une belle occasion d’inverser les rôles. »

Elaboré dans une région frontalière, Toxcom aura également permis de pallier la barrière des langues. « Les codes sont intuitifs, ce qui les rend transnationaux », explique Christophe Berna. Des secouristes français et allemands devraient prochainement en faire usage en tenant ensemble un poste de secours en marge d’une manifestation. Prochaine étape, diffuser le code gestuel au niveau international…

Source : http://www.lesoir.be © 5 Novembre 2011 à Belgique

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