Ils font un geste pour leur collègue

Pour faciliter l’intégration d’un salarié sourd, ESP (Entreprise sénonaisede peinture) forme une partie de son personnelà la langue des signes.

Ce mercredi matin, au premier étage d’ESP, c’est bouchons d’oreilles pour tout le monde. Non pas que l’atmosphère soit bruyante. Au contraire, il n’y a pas un bruit, pas un son. « Notre formatrice nous a demandé de porter ces bouchons pour qu’on ne soit plus tenté de parler, comme lors de la première séance », explique Jean Baron, président de l’Entreprise sénonaise de peinture.

Une séance sans calepin ni crayon, durant trois heures

Le patron et six employés de la société sénonaise suivent une formation peu habituelle dans le monde de l’entreprise : la langue des signes. Sans calepin ni crayon pour prendre des notes, durant trois heures. L’apprentissage est exclusivement gestuel. Il est donné par Marie-Hélène, formatrice depuis 7 ans à l’antenne bourguignonne de Visuellangue des signes française. Une quinzaine de séances hebdomadaires sont programmées jusqu’au début de l’année 2012.

La formation permettra aux employés de mieux communiquer avec l’un de leurs collègues, David, un peintre sourd et muet âgé de 27 ans. Et vice-versa : le jeune homme sera mieux intégré dans l’entreprise, même s’il y travaille depuis déjà quelque temps.

« J’ai embauché David il y a environ 3 ans, mais je le connaissais depuis plus longtemps, relate Jean Baron. Dans une vie antérieure, je faisais de l’insertion. J’avais placé David dans une entreprise de peinture du nord de l’Yonne. Mais celle-ci a dû se séparer d’une partie de son personnel. David s’est présenté ici. Je me suis dit que je devais être capable de le reprendre. On a toujours eu des travailleurs handicapés dans l’entreprise. »

Avant de demander une formation, le chef d’entreprise a fait un petit sondage auprès du personnel, pour savoir qui était intéressé. « À ma grande surprise, une quinzaine de salariés ont fait part de leur intérêt. C’est près de la moitié de l’effectif (38 salariés). »

Mettre en place la formation n’a pas été simple (lire par ailleurs). Finalement, Jean Baron a trouvé les bons intervenants : l’AREF BTP pour le financement (11.000 ?), Visuel Bourgogne Franche-Comté pour la formation à proprement parlée.

Ce matin-là, ils sont donc sept, dont le patron, à apprendre la langue des signes. Des cadres, mais aussi deux employés et un apprenti. Sylvie, chef de chantier, s’est portée volontaire pour « mieux se comprendre et s’ouvrir aux gens qui sont différents. On pourrait aussi dire l’inverse, rectifie-t-elle. C’est nous qui sommes différents d’eux. » « En apprenant la langue des signes, on est au même niveau, ajoute Jean Baron. « Jusqu’à présent, on se comprenait, mais il pouvait y avoir des quiproquos, reprend Sylvie. Ça devenait indispensable de suivre une formation »

« Maintenant,
on peut discuter »

Dès la deuxième séance, les progrès sont là. « On se parle plus facilement le matin, dit Vincent, apprenti. Avant, on se disait simplement bonjour. Maintenant, on peut discuter. »

David, lui, est ravi de voir ses collègues faire « des efforts pour communiquer » avec lui et l’aider à se sentir « bien intégré dans l’entreprise. » Il est vrai que, dans la plupart des cas, c’est plutôt l’inverse qui se produit : les personnes handicapées font des efforts pour s’intégrer.

Une deuxième session est-elle envisageable, pour les autres salariés qui souhaitent apprendre la langue des signes ? « Sans doute, glisse Jean Baron. Mais d’ici deux ans. Ce n’est pas facile de trouver un financement. Et mon budget formation continue est largement consommé tous les ans. »

Source : http://www.lyonne.fr © 30 Septembre 2011 à Sens

 

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