Rhône. Fausses pétitions : l’arnaque aux bons sentiments

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Part-Dieu. Devant la gare, des individus pour la plupart mineurs tentent de recueillir des dons sur le dos des sourds et muets ou des sans-abris. Enquête sur une escroquerie typiquement roumaine

Sitôt franchies les portes de la gare de la Part-Dieu, ils vous abordent. Feuille et stylo en main. A première vue, il s’agit de signer une pétition en faveur des sourds et muets. Ou bien des enfants sans abris. Ou encore des orphelins exploités dans une mine. Voire tout à la fois. Mais très vite, le véritable objectif apparaît : obtenir un don. Si vous pensiez financer la construction d’un centre d’accueil national et international, comme la pétition la laisse entendre, c’est raté.

Cette pétition n’est qu’un moyen d’obtenir de l’argent. Une arnaque aux bons sentiments en quelque sorte, qui est plus que jamais en ligne de mire après les déclarations, hier, du ministre de l’Intérieur qui a lancé une offensive contre la « délinquance roumaine ». À Lyon, c’est essentiellement à la sortie de la gare de la Part-Dieu, sur la place Charles-Béraudier, que l’escroquerie a lieu de façon récurrente. Ils sont parfois une dizaine. Tous des Roms. Et mineurs pour la plupart. Leurs cibles répondent à un profil bien défini : des personnes âgées, des jeunes femmes, des adolescents, toujours seuls de préférence, ou encore des touristes qui ont l’air un peu perdus. Sur la pétition, des logos sont inscrits, dont celui de l’Unicef ou encore d’Handicap International. Dans la liste figurent plusieurs noms et adresses de généreux donateurs, avec le montant versé. Rarement en-dessous de 10 euros. Une façon de vous mettre en confiance et de vous indiquer la marche à suivre. Sur certains exemplaires, il apparaît aussi un siège social, situé avenue Berthelot à Lyon. Un lieu tout aussi bidon que la pétition (lire par ailleurs).

Est-ce que ça marche ? Nous les observons durant une bonne heure. Neuf fois sur dix, ils sont refoulés. Lorsqu’un badaud s’arrête, ils mettent alors la pression: « j’ai cru que c’était juste pour signer. Après, la personne m’a fait comprendre qu’il fallait donner. Puis deux autres sont venus. Ils sont devenus moins souriants. Ils ne m’ont pas menacée mais leur présence était intimidante. J’ai tenu bon mais j’étais contente de m’en débarrasser » avoue cette jeune femme d’une vingtaine d’années dont le mètre cinquante-six en faisait une cible idéale. Au final, une seule personne se fera avoir. Nous l’interpellons un peu plus loin, pour lui expliquer. Cette femme de 56 ans originaire de Nantes, qui traîne une grosse valise, n’est guère surprise : « j’ai dit que j’étais OK pour un don de 5 euros et je leur ai demandé de me rendre la monnaie sur un billet de 20. Ils ne m’ont rendu que 10 et se sont vite éloignés. Je n’ai hélas ni le temps, ni l’âge pour leur courir après » explique-t-elle. Ira-t-elle porter plainte ? « Pas pour 10 euros. Escrocs ou pas, je suis au moins certaine qu’ils sont sans-abris »

Le chiffre d’affaires de ces petites mains reste très difficile à estimer. Ces dernières semaines, la police a accentué la pression (lire ci-dessous). Une personne interpellée il y a quelques jours avait 17 euros en poche quand sa pétition en affichait 67. La veille, un trio cumulait 250 euros de dons sur ses trois pétitions mais n’avait que 50 euros sur lui. Ou bien les montants inscrits sont effectivement faux, ou bien, comme le suppose la police, les compteurs sont relevés discrètement et régulièrement par des guetteurs.

L’étau se resserre sur les faux pétitionnaires

«Ils ont été très présents en mai et juin. Puis à nouveau depuis le mois d’août. Du coup, nous le sommes aussi ». Nadine Le Calonnec, commissaire du 3 e/6 e ne cache pas que la pression est en train de s’accentuer sur ces faux pétitionnaires. « Ils ne brassent pas des sommes considérables mais sont pressants et sont perçus comme inquiétants. Quand ils voient des policiers, ils quittent tout de suite le secteur et notre présence a pour objectif de les dissuader de s’installer ».

Ces dernières semaines, une dizaine ont été interpellés en flagrant délit alors qu’ils étaient en train de recevoir de l’argent. Tous des Roms avec au mieux une vingtaine d’euros en poche. « On pense que des guetteurs relèvent les compteurs mais cela se passe toujours à l’écart. Ils sont méfiants, mobiles et malins » poursuit Mme Le Calonnec. Les poursuites, en lien avec le parquet, l’ont été selon la qualification d’escroquerie ou bien de faux et usage de faux. Mais elles se sont traduites jusque-là par un rappel à la loi.

Les sommes d’argent, même si elles n’étaient pas considérables, ont été en revanche saisies.

Toutefois, une nouvelle disposition pourrait faciliter le travail des policiers qui n’auront plus besoin d’un flagrant délit de démarchage. Depuis quelques jours, le parquet a décidé que le simple fait de se trouver avec cette fausse pétition en main suffit désormais à caractériser l’infraction. L’étau se resserre.

Source : http://www.leprogres.fr © 13 Septembre 2011 à Lyon

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