Emmanuelle Laborit dénonce un Etat sourd

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Subventions . Le théâtre spécialisé dans la langue des signes s’insurge contre son manque de moyens.

Lundi soir, à l’appel d’Emmanuelle Laborit, une quarantaine de professionnels du spectacle vivant et de la presse étaient réunis à l’International Visual Theatre (IVT), rue Chaptal à Paris (IXe arrondissement). La comédienne, qui dirige depuis 2003 cet établissement artistique qui promeut la langue des signes, a dénoncé l’absence d’engagement clair de la part du ministère de la Culture. Car si la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) d’Ile-de-France verse une subvention de fonctionnement à l’IVT, celle-ci n’est ni assez élevée (16% du budget annuel) ni assez pérenne pour permettre de mener à bien le projet du théatre.

«Exsangue». Celui-ci, unique en France, est pourtant porteur d’enjeux cruciaux. D’autres structures permettent le développement de la langue des signes française (telle l’Académie qui lui est dévolue), mais l’IVT est la seule à assurer cette promotion via une recherche professionnelle à la fois artistique (le théâtre, sa création et sa diffusion), linguistique et pédagogique (l’enseignement et l’édition).

Au-delà de la défense d’une langue en pleine évolution, qui n’est reconnue que depuis 2005, il s’agit aussi pour l’IVT d’être un carrefour culturel entre sourds et entendants. Une mission «d’utilité publique», selon Emmanuelle Laborit, menée depuis 1973 et aujourd’hui menacée. Elle tire la sonnette d’alarme depuis quatre ans. Lundi, elle a pointé du doigt les finances de l’établissement, désormais «exsangue», qui salarie vingt permanents.

Une des explications réside dans la nouvelle implantation de l’IVT. Depuis 2007, après un départ forcé du château de Vincennes, c’est dans les locaux historiques de l’ancien théâtre du Grand Guignol, à Paris, que l’équipe trouve son port d’attache. Mais la Drac, la Ville de Paris et la région Ile-de-France, qui soutiennent le projet, ne lui donnent pas les moyens financiers de sa réalisation.

D’importants travaux de rénovation du site, nécessaires à sa réouverture, grèvent le budget de l’IVT. Qui, par économie, sacrifie une partie de ses activités dès l’inauguration. Depuis, les rendez-vous auprès des équipes ministérielles successives ont abouti, dans les pires des cas, à des «promesses non tenues» ou des renvois vers d’autres services ministériels qui se sont déclarés incompétents ; au mieux, à des subventions exceptionnelles, versées au compte-gouttes, qui permettent tout juste d’éviter le défaut de paiement.

Vivacité. La position de la directrice pour 2012 est claire : elle demande «un doublement de sa subvention au ministère et une augmentation significative de leurs aides aux collectivités locales». «Je refuse d’être sacrifiée sur l’autel de la rigueur budgétaire», a conclu l’énergique quadragénaire, dont un interprète transmettait aux entendants la vivacité du propos. Contacté, le cabinet ministériel a souhaité affirmer son soutien au projet mais reste très prudent sur les financements à venir.

Source : http://www.liberation.fr © 14 Septembre 2011 à Paris

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