Limité par la société, non par son handicap : interview d’Ádám Kósa

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Quatre-vingt millions d’Européens sont, d’une façon ou d’une autre, atteints de handicap. Leurs chances d’intégration sur le marché de l’emploi sont très faibles. Le Hongrois Ádám Kósa (Parti populaire), seul député européen à être sourd, représente un contre-exemple qu’il aimerait voir suivi : diplômé du supérieur, il a travaillé comme avocat avant d’être élu. Il a préparé la position du Parlement sur la stratégie lancée par la Commission européenne pour lutter contre le handicap. Entretien.

Ádám Kósa, lors de notre interview, parle d'"égalité" en langage des signes.

Qui est visé par votre rapport ?

Ádám Kósa : Il concerne les 80 millions de personnes atteintes de handicap en Europe. C’est la plus grande minorité du continent. Leur problème principal est l’accès aux services : scolarisation, emploi, santé. C’est un énorme problème pour la société dans son ensemble.

 

Concrètement, qu’est-ce qui peut être fait ?

AK : La Commission européenne propose une stratégie sur dix ans. Mon rapport s’appuie dessus et ajoute quelques commentaires et idées.

Tout d’abord, il faut considérer les personnes atteintes de handicap à travers le prisme des droits de l’homme plutôt que s’apitoyer sur leur sort. Nous avons des instruments comme la Convention des Nations unies sur les droits des personnes handicapées et la Charte européenne des droits fondamentaux.

Ensuite, l’accessibilité : pourquoi est-ce un problème pour les personnes handicapées ? Prenons mon cas personnel : je ne peux pas entendre, mais je ne me sens pas handicapé. C’est la société qui me freine, ce sont ses structures qui me bloquent. Ce n’est pas vous ou moi qui sommes handicapés, c’est la société. Avec une meilleure accessibilité de tous les services, nous n’aurions pas de problème.

Enfin, l’emploi. Si les employeurs intégraient les personnes handicapées dans leurs pratiques, les entreprises deviendraient des espaces d’égalité pour tous les citoyens. C’est quelque chose que je soutiens dans mon rapport. Cela nous concerne tous et dans tous les domaines, de l’éducation des enfants aux personnes âgées.

Qu’aimeriez-vous que l’Union européenne réalise dans la décennie à venir ?

AK : Le plus important serait d’augmenter le taux d’emploi des personnes handicapées. En Europe occidentale, 40 % d’entre elles ont un emploi rémunéré. En Europe de l’Est, ce sont 10 à 15 %. Ces chiffres sont très faibles : 10 à 15 %, c’est épouvantable. Je veux une évolution majeure. Cela fait partie de la stratégie sur les personnes handicapées mais c’est aussi dans la stratégie Europe 2020, qui appelle de ses vœux un taux d’emploi global de 75 %. Le seul moyen d’arriver à ce dernier objectif est de mieux intégrer les personnes atteintes de handicap.

 

Existe-t-il des organismes chargés de représenter les personnes handicapées au niveau européen ?

AK : Je propose la création d’une commission chargée de se pencher sur les problèmes spécifiques des personnes handicapées. Nous parlons d’une population de 80 millions de personnes, une commission indépendante serait donc tout à fait indiquée.

Au jour d’aujourd’hui, le Parlement européen dispose d’un intergroupe sur le sujet (regroupement informel de députés de différents partis, ndlr) et les citoyens peuvent s’adresser à la commission parlementaire des pétitions. La Commission européenne dispose d’une unité qui travaille sur le handicap. Des organisations nationales existent. Néanmoins, le message des personnes handicapées ne doit pas être perdu dans cette grande machine qu’est l’Union européenne.

 

Vous présidez justement l’intergroupe sur le handicap. Quel est son rôle et quels sont vos objectifs ?

AK : C’est le plus vieil intergroupe du Parlement européen. Il a été lancé il y a plus de trente ans. C’est aussi le plus important avec plus de 100 membres.

 

Il vise principalement l’échange d’informations entre députés européens mais nous avons également rencontré le Conseil (représentant les Etats membres de l’UE, ndlr) et la Commission européenne à huit reprises ces deux dernières années. Nous sommes soutenus par le Forum européen des personnes handicapées, la plus grande organisation non gouvernementale du secteur, ce qui nous donne des liens forts avec la société civile.

 

Côté réalisations, nous avons obtenu que les différentes institutions européennes (Conseil et Commission) soient présentes à nos réunions. Notre opinion est écoutée sur la scène européenne et nous avons fait prendre conscience des enjeux liés au handicap à de nombreux députés européens.

L’interview a été réalisée, avec un interprète, en langage des signes hongrois.

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