Se faire entendre…autrement

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Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas le fait d’être une personne sourde ni même son retour aux études que Fany Blanchette a trouvé le plus difficile à surmonter voilà quelques mois. C’est plutôt la difficulté de se trouver un interprète compétent lui permettant de suivre adéquatement la formation qu’elle désirait qui lui a posé un défi.

 

Et c’est en la personne de Chloé, sa propre sœur, que Fany a trouvé les ressources nécessaires. «Il n’y en avait pas. Tous les jours, j’avais une remplaçante. J’ai manqué une semaine à cause de ce problème», mentionne-t-elle. Pour les besoins de l’entrevue, c’est d’ailleurs Chloé qui signe les questions et interprète les réponses de Fany.

La jeune femme vient tout juste de terminer une formation en Hygiène et salubrité en entretien sanitaire au Collège Shawinigan. Il ne reste que son stage à terminer, lequel sera reporté de quelques mois à cause d’un positif petit détail : Fany est enceinte.

Pour cette aînée d’une famille de sept enfants, il était important d’avoir un diplôme pour assurer son avenir et obtenir un emploi stable. «Le cours que j’ai suivi n’est pas encore reconnu. Il le sera bientôt et je préférais le faire maintenant. Avant, on appelait ça les «passeux de moppes», mais ce n’est plus ça. On travaille vraiment avec les équipes de santé à diminuer les infections; à s’assurer qu’on contrôle les éclosions de bactéries», explique-t-elle.

Et comment se passe l’interprétation? Chloé explique qu’elle a eu un moment d’hésitation avant d’accepter. «Nous sommes sœurs. Quelquefois, ça se chicane des sœurs et ça joue ensemble, mais là, je n’avais pas le choix. Au début, c’était réellement une grosse adaptation et puis finalement, ça s’est bien passé. Nous sommes devenues de vraies complices», dit-elle satisfaite de son expérience.

Elle précise par contre qu’il faut bien différencier le rôle de l’interprète et celui de la sœur. «Le problème, c’est le lien émotif entre les deux personnes. Il ne faut pas avoir les notes de l’interprète, mais de la personne sourde. J’agis en autorité et je suis plus jeune qu’elle. Il ne faut pas que je surpasse mon rôle.»

Chloé a-t-elle l’impression d’avoir mis sa vie de côté aux dépens de sa sœur aînée? «Pas du tout, c’est naturel. J’ai ça dans moi depuis que nous sommes petites. J’aime aider et tant mieux si j’ai les ressources. C’est une expérience de vie et je me trouve privilégiée de la vivre.»

Pour Fany, toute la persévérance dont elle fait preuve n’est rien à côté de la satisfaction apportée malgré son handicap. Dans son plan de carrière, elle veut travailler dans le domaine où elle a étudié. Elle terminera son stage après son accouchement. Fany a également la vague idée de retourner à l’école en pâtisserie. Une chose est certaine, elle n’arrêtera jamais.

Cette dernière a été honorée le 7 avril dernier au Gala hommage de la Mauricie qui reconnaît les apprenants adultes qui se sont distingués dans leur vie professionnelle, personnelle et sociale. «Je ne pensais jamais qu’ils me choisiraient. J’étais surprise! C’était la première fois qu’on me choisissait pour mes efforts. Ça me gêne», avoue-t-elle.

De l’autre côté, Chloé était émue. «Quand les gens de la classe ont applaudi en langage des signes (agiter les mains dans les airs), j’étais fière. Ça vaut la peine de travailler fort!»

Manière de voir les choses

Malgré l’évolution de la société, Fany était la première personne sourde à fréquenter le Collège Shawinigan. «Même si cette institution scolaire n’avait pas de ressources pour les personnes sourdes au sein de son personnel, j’ai été vraiment bien reçu. Ils ont adapté l’enseignement à ma condition.»

La classe de Fany était composée de 16 personnes. Une belle complicité est née. «Les gens veulent aider. Ils veulent comprendre. De plus en plus, les gens s’intéressent au lieu de se moquer», explique Chloé.

L’arrivée des nouvelles technologies a facilité beaucoup la vie des personnes sourdes. Avec des moyens de communication comme l’internet et les textos, ces personnes se sentent plus normales.

Pour l’intégration, il faut travailler fort. Il faut établir une certaine marque. Il y a deux façons de penser dans ce monde. Celle que valorise le regroupement des personnes sourdes de la Mauricie se dirige vers l’extérieur. L’organisation privilégie les liens entre le monde des sourds et celui des entendants.

Source : http://www.lhebdodustmaurice.com © 12 Avril 2011 à Canada

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