Vers une génération de sourds

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Les troubles de l'audition concernent de plus en plus de jeunes adultes.

« Nous sommes en train de nous préparer une génération de sourds », alerte le professeur Romain Kania, oto-rhino-laryngologiste (ORL) à l’hôpital Lariboisière de Paris. En France, 7 millions de personnes souffrent d’une baisse d’audition de plus de 20 décibels. Des personnes âgées atteintes de presbyacousie liée au vieillissement, mais aussi des jeunes qui sont de plus en plus touchés. Écoute prolongée de baladeur mp3 à l’aide d’écouteurs intra-auriculaires, sorties en discothèque et concerts où le volume sonore est trop élevé, home cinéma dont le caisson de basse fait trembler les murs du salon : notre mode de vie est devenu extrêmement agressif pour nos oreilles.

Au-delà de 80 à 85 décibels, les spécialistes évoquent des traumatismes de nature à altérer, voire à détruire, les cellules ciliées qui nous permettent de capter les sons. « La perte d’audition résultant de la mort de ces cellules, siège de l’ouïe, est irréversible puisque celles-ci ne peuvent se renouveler », souligne Romain Kania. « D’où l’idée que chaque être humain dispose d’un capital audition qu’il lui appartient de préserver », explique Paul Zylberberg, vice-président de l’association à l’origine de la journée nationale de l’audition (JNA). Un rendez-vous annuel de sensibilisation organisé, depuis 14 ans, le deuxième jeudi du mois de mars. « Il reste beaucoup à faire dans ce domaine, car autant les Français se préoccupent de leur vue, autant ils méconnaissent encore très souvent leurs problèmes d’audition », souligne ce médecin, lui-même malentendant.

Dépistage

Nathalie Aisenberg, ORL libéral en Seine-Saint-Denis, explique : « Le souci principal réside dans le fait qu’une baisse de l’audition est le plus souvent insidieuse. J’ai des jeunes qui viennent au cabinet pour un banal certificat d’aptitude à la plongée et chez qui je découvre une perte auditive parfois importante. » « Les acouphènes, sifflements ou bourdonnements dans l’oreille, peuvent être un signe, mais, quand on perd les aigus, il n’y a quasiment aucun moyen de s’en rendre compte », note la spécialiste. Progressivement, ou plus brutalement en cas de traumatisme intense, le silence se fait sur certaines fréquences et finit par affecter la compréhension, les messages parvenant au cerveau étant devenus incomplets, parcellaires… « Car c’est en réalité avec son cerveau que l’on entend, pas avec ses oreilles », explique le docteur Jacques Trotoux. « D’où l’importance d’un dépistage précoce et d’une prise en charge de la perte auditive », plaide-t-il.

Car, dans le cas contraire, le cerveau perd l’habitude de décrypter les sons et l’adaptation à l’utilisation d’une aide auditive peut s’avérer difficile. Par ailleurs, les prothèses auditives sont encore taboues : seule une personne sur cinq qui pourrait en tirer bénéfice en est effectivement équipée.

Source : http://www.lepoint.fr © 10 Mars 2011 à France

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