Lucie Veugeois, sourde, raconte son quotidien

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Cette Lavalloise de 25 ans préside l’association des sourds de Laval et de la Mayenne. Dans sa vie courante, elle doit utiliser certains équipements ou services pour pallier son handicap.
Grâce à leurs visiophones, Lucie peut dialoguer en langue des signes avec son frère Vincent, également sourd de naissance.

Rencontre

Prendre rendez-vous avec Lucie Veugeois, présidente de l’association des sourds de Laval et de la Mayenne, n’est pas une mince affaire ! On l’appelle sur son portable. « Je n’ai rien compris », confie-t-elle après coup. Rendez-vous est donc pris par mail avec cette Lavalloise de 25 ans à son domicile. « Appuyez sur la sonnette, si ça ne répond pas, envoyez-moi un texto », écrit-elle.

A l’heure dite, je sonne à la porte. À l’intérieur, un flash se met à clignoter. La jeune femme, qui ouvre, semble soulagée de voir une femme. « Grâce à mon appareil auditif, j’entends un peu les sons. Mais je distingue mieux les voix de femmes que celle des hommes. Trop graves », explique-t-elle, car contrairement à d’autres sourds, Lucie n’est pas muette. « Toute petite, j’ai travailavec un orthophoniste. J’ai appris à parler et à lire sur les lèvres ».

Indispensable visiophone

C’est assez troublant. Je la regarde dans les yeux tandis qu’elle regarde ma bouche. « Je dois beaucoup me concentrer, confie Lucie. Qu’il n’y ait pas de bruit autour et que la personne articule bien ». Ses parents ont un voisin dont la moustache masquait ses lèvres. « Je ne comprenais pas ce qu’il disait. Depuis, il la coupe plus courte et ça va mieux ». En fait, elle comprend 30 % des mots que l’on prononce « et le reste, c’est de la déduction en fonction du contexte ».

Une aptitude qui l’aide dans son travail. Depuis octobre, elle a décroché un CDD de contrôleur de gestion dans une société de transport. Son souci reste le téléphone. « Si j’ai besoin d’appeler, je demande à un collègue de le faire pour moi ». Chez elle, elle est d’ailleurs équipée d’un visiophone qui lui permet d’appeler les personnes dotées du même système. Cet équipement, très coûteux (1 200 €, dont seulement 50 % sont pris en charge par la Maison départementale des personnes handicapées) lui permet aussi de joindre un interprète pour l’aider à prendre des rendez-vous chez le médecin, le banquier ou pour réserver un restaurant.

Entre deux mondes

En dehors de ses parents et de ses collègues de travail, elle n’a que des amis sourds. « C’est trop compliqué d’avoir une conversation avec plusieurs entendants en même temps », explique-t-elle. Son compagnon, Sylvain, est malentendant. Son frère, Vincent, 21 ans, est sourd, lui aussi. « Notre surdité est d’origine génétique », confirme Lucie. Son frère ne s’exprime qu’en langue des signes. « Mais il arrive toujours à se faire comprendre. En écrivant ou par mimes ».

Lucie, elle, a parfois l’impression d’être entre deux mondes. « Je ne suis pas totalement intégrée ni chez les sourds, ni chez les entendants », confie-t-elle avec une pointe de tristesse. Certains sourds lui reprochent, en effet, de ne pas utiliser uniquement la langue des signes. « On me dit « Ne parle pas », car sinon, tu n’es pas vraiment représentative des sourds ».

Ça n’a pas empêché cette sympathique jeune femme d’être réélue, samedi, à la tête de l’association qu’elle préside déjà depuis mai 2010. Parmi les souhaits de son association : que les cinémas locaux diffusent enfin des films sous-titrés. « Nous aimerions aussi embaucher un interprète professionnel, car en Mayenne, il n’y en a pas pour le moment ».

Source : http://www.laval.maville.com © 21 Février 2011 à Laval

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