«La langue des signes algérienne est une revendication des sourds»

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Mustapha Guiroub. Enseignant spécialisé en langue des signes

-La langue des signes diffère d’une société à une autre. Quelles sont les spécificités de la  langue des signes algérienne ?

La langue des signes adoptée en Algérie émane de la langue des signes française (LSF). Il y a beaucoup de gestes similaires parce que le système a été adopté avant qu’il y ait l’arabisation.

-Mais vous avez évoqué, lors de la conférence, les spécificités culturelles de chaque langue

C’est une revendication des sourds. C’est lié beaucoup plus aux traits culturels parce qu’il y a des gestes qui n’existent pas en France mais existent en Algérie. Mais 50% des gestes sont similaires. Pour le reste, ce sont des gestes spécifiques à l’Algérie.
On est en train de veiller à uniformiser la langue des signes algérienne, c’est-à-dire à adopter les mêmes signes dans toutes les wilayas.

-Vous avez déclaré que le niveau des sourds en langue arabe est un peu bas par rapport au français. Quelles en sont les raisons ?

L’arabisation a démarré en Algérie en 1976. Ils sont en train d’appliquer le programme de l’éducation nationale, mais quand même il y a des manques. Il faudrait qu’il y ait un programme spécifique. Il faudrait des adaptations du programme. Parce que qu’il est très difficile pour un sourd de se concentrer du fait qu’il n’entend pas. Imaginez un professeur qui assure un cours pour un groupe de sourds dans un amphithéâtre : ils ne comprennent absolument rien car le rythme d’acquisition chez les sourds est ralenti par rapport aux enfants entendants.

-Le niveau d’abstraction chez les élèves sourds est un peu faible par rapport aux autres. Néanmoins, ils reçoivent le même enseignement. Comment expliquer cette situation ?

Il n’y a pas d’expert dans ce domaine. Le domaine du langage des signes est nouveau en Algérie. Le terrain est encore vierge.  On fait de la recherche ; on essaie d’améliorer à chaque fois et d’apporter sa pierre à l’édifice. Mais cela nécessite de longues années d’efforts. Il faudrait associer les sourds ; il faut qu’ils apprennent eux-mêmes à se prendre en charge et à voir leurs difficultés. Parce qu’il ne suffit pas d’adapter les choses. On ne peut pas appliquer un programme plus élevé à quelqu’un qui a des capacités limitées. Déjà, l’enseignement de manière générale est critiqué en Algérie. Quand on voit un enfant qui porte un «frigo» plein de bouquins, cela veut tout dire. On n’a pas cherché à adapter les programmes ; on a opté directement pour les programmes de l’éducation nationale.
A l’étranger, on utilise partout la langue des signes alors que dans nos établissements, son usage est interdit. C’est pratiquement de l’oralisme. Si on veut appliquer l’oralisme, il faut un appareillage adéquat.

Vous avez parlé de la préparation d’un dictionnaire de langue des signes. Quelles sont les conclusions tirées des recherches dans les différentes régions de l’Algérie ?

Les références sont différentes entre le nord et le sud. Dans le Sud, on désigne la couleur jaune par les champs de blé ; chez les sourds du Nord, cette couleur est désignée par le soleil. Il y a beaucoup de choses qui sont spécifiques à des régions. Au Sud, on représente le bleu par le ciel ; au Nord, on le représente par la mer. On a recensé de nombreux gestes totalement différents entre le Nord et le Sud.

Source : http://www.elwatan.com © 27 Septembre 2010 à

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