Silence et langue de bois

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La société Signe propose aux malentendants des traductions en langue des signes. Elle est notamment intervenue durant cette dernière campagne électorale

Dix interprètes oeuvrent pour la société Signe alors que 3 000 sourds et malentendants sont recensés en Gironde.

Trois mille sourds et malentendants en Gironde. Seulement dix interprètes assermentés, diplômés pour tisser un lien entre le monde des entendants et celui du silence. Signe est une société coopérative de production, installée rue de Cursol, qui offre aux particuliers, aux entreprises ou aux institutions des services de traduction de langue des signes. La seule dans toute l’Aquitaine.

La surdité est un handicap que l’on qualifie « d’invisible ». Sa prise en compte est à la mesure de cette invisibilité. Pendant la campagne, comme lors de toutes les campagnes électorales, Signe a sollicité tous les candidats afin de s’associer aux débats durant les diverses réunions et meetings, ceci pour y intégrer les personnes sourdes, souvent oubliées du débat public. Le PS a répondu à l’appel pour son meeting d’ouverture, Europe Écologie a sollicité l’intervention d’un interprète pour deux meetings et une réunion. Pas assez.

Perdu dans sa citoyenneté

Stéphane Barrillot, 37 ans, père de deux enfants vit à Talence. Il est sourd de naissance. Agent administratif, il a déménagé et décidé de changer de métier, a suivi une formation d’animateur sportif avec succès. Il vient aujourd’hui prendre rendez-vous chez Signe, afin de réserver un interprète pour l’assister à un entretien d’embauche.

« À 18 ans, témoigne-t-il, j’ai reçu ma carte d’électeur. J’étais fier, cela signifiait que j’étais intégré, un citoyen ordinaire. Une marque d’égalité. Lorsqu’il a fallu voter, pendant la première campagne, j’ai mesuré que je manquais cruellement d’infos. Impossible de me faire une idée. Je n’avais en main que les grandes lignes des programmes de campagne des candidats, ne pouvant capter les subtilités qui auraient pu m’aider à faire mon choix. Je n’ai jamais voté. Je suis perdu dans ma citoyenneté. »

Les sourds disposent pour s’informer des tracts, des professions de foi écrites et des quelques minutes diffusées à la télévision entre la météo et le journal de 20 heures. « Dense, rapide et impossible à digérer », assure Stéphane. « Impossible d’avoir confiance dans mon vote. Il manque le confort de se repérer à son propre jugement. Pour cela il faut plus d’infos. »

80 % des sourds sont confrontés à des problèmes d’illettrisme, alors que tout le monde s’imagine que les sourds peuvent tout comprendre en lisant. « L’écrit et la langue des signes sont des modes très différents, comme deux langages opposés » reconnaît Stéphane. « L’écrit ne suffit pas, c’est juste un support de plus. » Prestation de compensation

Comme tous les sourds, Stéphane perçoit une prestation de compensation du handicap versée par le Conseil général. 350 euros par mois pendant dix ans.

Cet argent est mis à profit afin d’utiliser les interprètes, 51 euros l’heure. « Signe est un partenaire, un outil indispensable pour nous. Il permet d’avancer dans la vie. Si j’ai un problème de santé, administratif ou autre, je fais appel à leurs services. »

Stéphane n’est pas amer. Ici, entouré d’Hélène Lafitedupont, gestionnaire de la Scop et de Jean-Luc Gaudin, interprète et co-gérant il se sent reconnu. Entendu dans l’intégrité de sa parole.

« Dans la vie dehors, je ne suis pas un citoyen à part entière, mais privé d’accessibilité. Et encore, commente-t-il la loi de février 2005 sur l’égalité des chances a fait bouger les choses. Elle implique de rendre accessibles les débats publics et la vie de la cité à tous. Il y a encore du boulot. »

Signe 31 rue de Cursol à Bordeaux www.signelsf.fr

Source : http://www.sudouest.com © 17 Mars 2010 à Bordeaux

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