Meurtre : un homme sourd-muet sur le banc de l’accusé

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Premier jour, hier, du procès de Jérôme Bernard, accusé du meurtre de l’homme avec qui il vivait depuis six ans une relation difficile.

L’affaire est terrible. Et, aux assises où les débats reposent sur l’oralité, que l’accusé soit sourd-muet est problématique. En réalité, l’obstacle est levé par trois interprètes en langue des signes, réquisitionnées à Paris, auprès de l’ARIS, Association régionale pour l’intégration des sourds. Elles se succèdent pour traduire simultanément à l’accusé absolument tout ce qui se dit, les questions qui lui sont posées et ses réponses. L’affaire est terrible parce qu’elle pointe du doigt tant les carences de la prise en charge du handicap que l’isolement et la désespérance des handicapés. De ces deux-là, en tout cas. Car non seulement l’accusé, Jérôme Bernard, est sourd-muet mais Christophe Thomas, la victime alors âgée de 35 ans, l’était également. Or, les problèmes d’agressivité de l’un et les problèmes d’alcool de l’autre n’ont eu d’autre ancrage que la souffrance du handicap et le mal-être. Pour être scolarisés, ils ont dû partir loin, en internat : « Cette séparation lorsqu’il a eu trois ans a été très difficile », a expliqué Danièle, la mère de Christophe.

Depuis janvier 2001

Pour Jérôme, qu’il ait été coupé de son milieu familial à six ans pour aller à Nancy représentait plutôt une chance. Brigitte, la mère de Jérôme, confie à la barre : « Petit, il était terrorisé par la violence de son père qui, avec l’alcool, s’en prenait aux enfants comme à moi. Il m’a beaucoup défendue mais surtout, il piquait tout le temps des crises, il hurlait pour que ça s’arrête. » Les crises de nerfs lui sont restées jusqu’à ce qu’il bénéficie d’un traitement médical « efficace quand Jérôme voulait bien le prendre ».
« En fait, il n’a jamais supporté son handicap d’autant que la famille l’a toujours rejeté à cause de ça », confie Aurélie, avant de préciser que son frère a été plus rejeté encore lorsqu’a été connue sa relation avec Christophe. Son homosexualité, Jérôme l’a expliquée hier comme une conséquence des viols qu’il a subis à l’âge de 13-14 ans et qui ont valu à leur auteur une condamnation aux assises. En janvier 2001,

se noue une relation amoureuse entre lui et Christophe Thomas, de sept ans plus âgé que lui. Breton, Christophe était arrivé à Troyes l’année précédente pour une formation professionnelle. « C’est avant, à Chambéry qu’il a commencé à fumer et à boire à cause de son mal-être : malgré son BEP de comptable, il n’avait pas de travail et il était mal dans sa peau », a déploré sa mère. « Même les autres sourds de l’association ne le supportaient pas tant il buvait. Il me faisait pitié », confie Philippe, un de ses amis, avant d’ajouter : « Christophe aimait énormément Jérôme qui ne tenait pas à lui. »

« Moi peur chance mort »

La relation entre les deux hommes s’est dégradée au bout de quelques mois mais, cahin-caha, elle a tenu… « Il y avait des hauts et des bas. Ils se disputaient de plus en plus souvent », disent tous leurs proches.
Sous l’emprise de l’alcool, Christophe devenait ou très tendre ou violent : Jérôme ne le supportait ni dans un état ni dans l’autre. Sous curatelle renforcée depuis 2000, il avait fait part de son projet de partir à Paris à sa déléguée de tutelle : « Il n’y a pas eu de suite », confirme-t-elle.
Jérôme est resté dans son appartement de la rue Romagon à Saint-Julien. Entre Christophe et lui, l’abîme s’est creusé. Sans issue : « Après chaque séparation, Christophe venait le relancer. Il avait le rôle de dominant et Jérôme, celui de dominé », atteste Philippe. « Quand Christophe avait bu, Jérôme avait peur, il venait souvent se réfugier chez moi », témoigne Aurélie.
« Comment communiquiez-vous avec lui ? », demande le président, Gilles Latapie. « Par SMS ou par internet », indique-t-elle. C’est un SMS « alarmant » que reçoivent, le 26 octobre vers 16 h 30, Aurélie et sa mère : « Vite Tof blessé moi peur chance mort. »
« Chez Jérôme, on a vu Christophe, allongé nu… Il y avait beaucoup de sang », commente la mère de l’accusé, précisant : « Nous, comme mon fils, on a pensé qu’il n’était que blessé. »
« Comment comprenez-vous le SMS de votre fils ? », demande le président. « Il indique que Christophe était blessé et que lui, avait eu peur mais qu’il avait la chance de ne pas être mort », affirme sa mère.

Source : http://www.lest-eclair.fr © 28 Janvier 2010 à Saint-Julien-les-Villas

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