Anne-Laure Louazel, traductrice en langue des signes

0
55

C’est à l’âge de 15 ans qu’Anne-Laure Louazel a commencé à apprendre une seconde langue : la langue des signes. « J’ai commencé par curiosité… Je faisais du théâtre, du cirque, de l’expression corporelle, pour moi c’était alors un loisir de plus. »

Le premier contact d’Anne-Laure avec la surdité ce fut à travers le métier de sa mère qui, assistante maternelle, s’occupait d’un jeune sourd. « Je faisais un stage d’une semaine par an. Comme toute langue, quand on ne la pratique pas régulièrement, on a du mal à progresser. Après le bac, j’ai pris des cours toutes les semaines et en même temps, je passais une licence d’histoire à Caen. »

Embauchée depuis 7 ans comme « interface de communication » par le Crop (Centre ressource de l’ouïe et de la parole) à Bretteville-sur-Odon, Anne-Laure va en cours avec les lycéens et traduit en langue des signes le cours, la vie de classe, prend des notes, réexplique si besoin et traduit également ce que dit l’élève. Le cerveau doit penser en deux langues et la gymnastique cérébrale est très fatigante, et dans ce métier pas de pause toutes les 20 minutes comme pour les interprètes.

Mais, avant tout, c’est le côté pédagogique qui passionne Anne-Laure… Le travail d’interface varie en fonction de l’élève, de son cursus : Anne-Laure traduit pour des élèves en CAP de travaux paysagers, en BEP ou en Bac Pro de carrosserie ou encore en cours de sciences et techniques de laboratoire, le plus souvent pour un élève, parfois pour plusieurs dans la même classe.

Leur bouffée d’oxygène

« L’intégration des sourds dans une école n’est pas simple. Il y a beaucoup de sourds qui parlent très bien et les professeurs croient que les élèves entendent. Alors, on leur réexplique la surdité… » La lecture sur les lèvres est aussi utilisée par les sourds mais il n’y a que 40 % de compréhension et seulement quand le contexte est clair. Dès que le professeur bouge, tourne le dos, le sourd ne peut plus suivre.

« L’intégration dans les classes fait que la langue des signes ne se développe pas, les élèves se sentent très isolés… Quand j’arrive, je suis leur bouffée d’oxygène. C’est dur pour un jeune de 15 ans de ne pas pouvoir communiquer avec les autres, de ne pas pouvoir, comme les copains, raconter ses vacances. Je pense que l’intégration scolaire doit être maniée avec beaucoup de précaution, et être individualisée. »

Source : http://www.ouest-france.fr © 07 Janvier 2010 à Le Tourneur

Écrire un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.