Une fois par mois, le café-librairie Mod-All s’ouvre aux locuteurs et apprenants du langage des sourds. Une occasion d’échanger en langue des signes sur un mode ludique.

Les participants poussent un à un la porte de la librairie Mod-All, mercredi soir, et chacun de sacrifier aux civilités d’usage. Dans le monde des sourds, comme partout ailleurs en effet, on se dit bonjour. Mais comment faire quand la surdité vous commande le silence ? « On tient la main ouverte, à plat et, paume en dessus, on touche ses lèvres avant d’écarter doucement sa main devant soi, paume vers le ciel, devant sa poitrine. » Voilà. Pour la première fois, vous venez de dire bonjour en langage des signes. Un geste qu’il n’est pas interdit, non plus, d’accompagner d’un sourire ou d’un regard amical… Étonnant, non ?

Une expression gestuelle

Et chaque mois, au Café-bouzareg (1) imaginé par Laure Boussard, gérante du lieu et spécialiste émérite du genre, entendants ou non, locuteurs avancés ou débutants, peuvent venir partager leurs dernières trouvailles de vocabulaire. Et échanger les expressions imagées d’une langue, uniquement basée sur une gestuelle soutenue. « Il y a peu de fumeurs chez les sourds, souligne à ce sujet avec un sourire, l’animatrice du café-signes. L’usage de la langue des signes peut en effet difficilement s’embarrasser d’une clope au bec. »

« Des potes qui parlent la langue »

À Carhaix, contrairement aux grandes villes où ils peuvent s’organiser en communauté, les sourds sont toutefois peu nombreux. « Il y en a deux ou trois seulement qui passent de temps en temps au Mod-All pour tailler une bavette avec moi. Un couple de sourds habite également à Rostrenen. Mais il ne viendrait pas à l’idée d’aucun d’entre eux de venir s’installer à la campagne », insiste à ce sujet Laure Boussard. « En cas de problème de santé, comment pourraient-ils en effet communiquer avec le médecin ? Et puis, dans les associations ou amicales de Brest, Quimper, Saint-Brieuc ou Rennes, où ils se retrouvent parfois à plus de 300, ils peuvent se faire facilement des potes qui parlent leur langue. »

« Il bluffe même les sourds »

Mercredi soir aussi, au Mod-All, les conversations en langue des sourds allaient bon train. L’occasion pour Maewenn Finont, Marta Anselmo ou Oana Jacob, de peaufiner sur le mode ludique, leur usage de l’alphabet du langage des signes. Avec à portée de main, le Dictionnaire visuel bilingue, ABC de la langue des signes française. « Pour l’exercice du jour, je vous propose : le matin, je me lève et je vais au boulot », lance l’initiatrice du café-signes.

Frédéric Hamelin, un des participants, s’y colle illico avec brio. On le voit préparer son café matinal, débouler dans l’ascenseur et s’engouffrer dans le trafic automobile pour aller au turbin. Comme si on y était. « Il bluffe même les sourds », confie à son sujet Laure Boussard. Une performance saluée par une salve d’applaudissements unanimes… mais silencieux. Eh, oui. En langue des sourds, on partage bruyamment son enthousiasme en agitant les deux mains à la manière de marionnettes.

Café-bouzareg au Mod-All : prochaine rencontre, le 13 janvier.

(1) Bouzareg : langue des sourds en breton. Mot forgé à partir de bouzar (sourd) et du suffixe eg servant à former les noms de langue en breton, comme le mot brezhoneg (breton, langue bretonne).

Source : http://www.ouest-france.fr © 11 Décembre 2009 à Carhaix

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