Festival sans pareil Vallée de la Roya : Festival SOUROUPA, un festival pour sourds… Ou pas !

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Le SOUROUPA, tout un concept mais avant tout, une jolie petite initiative devenue grande ! L’idée était belle et simple : réunir des artistes sourds et entendants pour un public malentendant ou non. Pendant quatre jours, la vallée de la Roya et tous les petits villages alentours ont pris des allures de scène en plein air, tantôt sur le parvis d’un monastère, tantôt dans les ruelles à fouler les vieux pavés, tels des troubadours nomades, emportant avec eux un peu de culture et beaucoup d’humanité. L’occasion d’ouvrir ses mirettes et d’élargir ses horizons. L’occasion de faire le pont entre ce monde tout en sourdine et celui des entendants. Pour mieux nous parler de ce festival, « hors-norme », nous avons dialogué avec la présidente de l’association SIGNES, Marie-José Chabbey.

Un projet ambitieux, un pari pas gagné d’avance… Il a fallu se faire connaître, trouver des artistes aux quatre coins du monde (cette année encore avec la venue, entre autres, de Ramesh Meyyappan un artiste de Glasgow, une compagnie de Lyon, une de Bordeaux, une de Toulouse, des artistes qui ont joué à Vienne, Melbourne ou même en Croatie !), amener un festival au-dessus de Nice, dans la vallée de la Roya « un petit coin paumé » pour certains, mais avant tout « un havre de paix » et maintenant un rendez-vous culturel à ne plus manquer !

La vocation de l’association SIGNES ?

Promouvoir la culture auprès de publics qui en sont trop souvent exclus (les sourds et les habitants des vallées isolées du Haut Pays niçois) et de les rassembler autour des mêmes évènements. Elle favorise le rapprochement des sourds et de ceux qui ne le sont pas : « les entendants » à travers les échanges, notamment grâce à la langue des signes, langue naturelle des Sourds reconnue comme patrimoine linguistique et culturel de l’Europe. Elle contribue fortement à favoriser la reconnaissance des sourds, mettant l’accent non sur la déficience (et la compassion) mais sur la richesse de la différence culturelle et linguistique. Signes a ainsi créé des résidences d’artistes réunissant sourds et entendants dans l’objectif de créer un spectacle bilingue (Langue des Signes Française et français oral) et le festival Souroupa, qui avait pour marraine cette année : Zohra Abdelgheffar, conteuse sourde de Marseille.

Contes dits du bout des doigts
Contes dits du bout des doigts

Résultat…

Une dizaine de spectacles dans quatre villages de la vallée avec une cinquantaine d’artistes du spectacle vivant : comédiens, marionnettistes, conteurs, danseurs, clowns de théâtre … Une exposition de photos, des projections, la présentation d’ouvrages récents (livres/DVD de « Conte sur tes Doigts » pour enfants sourds et entendants, « le réveil sourd » d’André Minguy, « les silencieux » de Dr Jean Dagron) mais aussi des surprises pour le public ! Un festival clôturé en beauté avec un moment chargé d’émotion : l’interprétation en Langue des Signes Française de l’hymne national par un groupe de sourds de Marseille ( plébiscités lors de la rencontre France-Géorgie de la coupe du monde de rugby).

Sans issue
Sans issue

Dialogue avec Marie-José Chabbey , Présidente de l’association SIGNES

Elle raccompagne encore quelques artistes, redescend doucement de la vallée, prend enfin le temps de respirer et repense à cette quatrième édition tout simplement « magique »…

 

Marie-José Chabbey

Le festival s’est achevé hier, comment se sent-on ?

Bien ! C’était intense, très très intense ! C’était extraordinaire, au-delà de nos espérances ! Nous avons eu beaucoup plus de monde que les années précédentes. Cinquante campeurs, pour trois cent habitant à Fontan par exemple. Les gens sont venus de partout : nous avons eu des sourds de Nice, de Marseille, de Toulouse ! Le relais a bien été repris par les associations sur internet, le message est passé. Un public éclectique, venu de partout, tout comme les artistes issus de pays et d’univers différents.

Justement, comment sélectionnez-vous les artistes ?

Il y a eu quelques « candidatures spontanées », j’ai regardé des DVD, cherché des artistes un petit peu partout, notamment à Reims. Le festival Clin d’Œil réunis beaucoup d’artistes sourds, il y a aussi des spectacles bilingues à Paris… Notre but est de rassembler des spectacles visuels, accessibles à tous car la langue des signes n’est pas comprise de tout le monde. C’est tout un réseau qui s’est établi depuis la première édition, au départ c’était un véritable travail de fourmi.

Mais le résultat est là : le public a été plus qu’enthousiaste cette année

Oui, c’est une belle surprise. C’est difficile de convaincre le public entendant, de montrer et de faire comprendre que ce festival s’adresse à tout le monde, pas aux sourds uniquement. Il ne s’agit pas de spectacles de patronage pour malentendants. Certaines petites choses ne sont audibles que pour les entendants. C’est l’occasion de découvrir le langage des signes, un univers fascinant puisqu’il y a davantage d’expressivité dans chaque geste. Nous avons été ébahis par le succès du cru 2009, on a vu le monde affluer sur le parvis du monastère, on a même dû refuser (avec regret bien sûr) du monde pour un spectacle dont le nombre de places était limité à 50 ! Le temps fort de ce festival : la Marseillaise du 14 juillet. Le public a été initié par les artistes au langage des signes, cela dépassait la parole, la foule était visiblement émue. Certaines personnes ont été bouleversées par cette interprétation de l’hymne national, on m’a même dit que c’était la première fois que la Marseillaise avait autant de sens… C’était réellement émouvant. A La Brigue, les gens adressaient des signes aux artistes, ils bricolaient des gestes dans cette communication non-verbale. Sans conteste, un grand moment… Les municipalités aussi ont été bluffées, tout le monde nous a encouragé, est venu nous rencontrer, le public était invité à amener son panier pour nos pique-nique avec les artistes. Certains habitants sont allés jusqu’à nous recevoir dans leur jardin, en toute simplicité autour d’un repas en plein air, éclairé à la bougie.

Comment l’idée a-t-elle germé ?

J’ai une belle-fille sourde, elle est artiste, à la fois conteuse bilingue et comédienne. J’ai donc voulu créer une association pour créer un pont entre ces deux mondes. Je me suis tout de suite tournée vers le spectacle vivant et vers la vallée de la Roya qu’il fallait faire vivre. L’association organise aussi des performances musicales dans les écoles ou autre, mais mon projet était surtout de créer et d’amener une forme de spectacle vivant bilingue… Il n’y en pas ou peu, c’est pourquoi nous avons intégré les spectacles visuels, on tient à garder notre spécificité « bilingue » pour, à la fois, amener cette culture à tous les spectateurs, mais aussi faire en sorte que les malentendants s’y reconnaissent. On mélange tout le monde, jusqu’à nos artistes ! Avec nos résidences, sourds et entendants travaillent ensemble sur ce projet commun. Cela permet aussi aux artistes de se faire connaître d’un autre public. Les champs artistiques sont ainsi élargis pour tous !

Quels sont vos projets dans l’immédiat ? La préparation du prochain festival pour l’été 2011 ?

D’abord l’heure est aux bilans ! Il faut mettre les photos en ligne, établir un compte-rendu… Préparer l’événement prend du temps, à la fois sur le plan stratégique, mais aussi sur l’organisation. Il va falloir se mettre en quête de nouveaux spectacles, organiser de nouvelles résidences d’artistes dès l’été prochain (le festival a lieu tous les deux ans, entre temps, les artistes se rencontrent et travaillent en corrélation, ndlr). Nous allons continuer, encouragés par tous ces bons retours. Le public est reparti touché, il était venu par curiosité et ce qu’il a trouvé était loin de ce qu’il pensait trouver, nous allons poursuivre cette belle aventure pour amener toujours plus de monde à pénétrer cet univers fascinant et séduire ce « tourisme d’un nouveau genre » !

Mimetisme au Souroupa