Théâtre > Jef’S  » sourd et alors ? « 

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Année : 2008

Pays : France

Résume : Il paraît si naturel à l’homo vulgaris, sapiens sapiens par accident, de disposer de ses cinq sens qu’il en use sans y prêter attention. Mais nature trébuche parfois, l’accident est imprévisible et l’âge inévitable, l’un ou l’autre emportant parfois par caprice quelque utile
moyen de perception. Qu’un seul sens vous manque et tout est dépeuplé… Bref. Sourds et entendants qui écoutez cet article de l’oeil, sachez-le : il se donne, cette semaine au théâtre du Grand Rond, un de ces spectacles atypiques et délicieux qu’on aime mettre en lumière tant ils enchantent par leurs qualités, intelligence en tête. Son titre ? Sourd et alors ?, hilarant one man show d’un Jef’S à la parole gesticulante et dont seuls les aveugles, ces grands exclus du théâtre, seront hélas privés. Cela commence… eh bien, par le début. Le tout début : spermatozoïde, ovule, morula, blastula et tout le tralala. Contraction, expulsion et exultation. Dans un silence de vie. C’est qu’on n’entend rien de tout ce vacarme de naissance, pas même quand la petite chose ayant tété, grossi et grandi, pétarde et pétarade à qui mieux mieux en jouant aux cow-boys et aux Indiens, sourde aux admonestations paternelles. Sourde ? Eh oui. Ainsi en a diagnostiqué le mandarin de service après enfilage frétillant de gants en latex. Et ainsi commencèrent les choses pour Jean-François Piquet, sourd parmi tant d’autres, enseignant-comédien à l’humour aussi vif que le mouvement. Son nom de geste, sa signature ? Deux doigts en crochet tournicotant autour de la figure, utile raccourci dont le mode de fabrication est bientôt expliqué par la main de Djamel, l’épaule de Sarkozy, l’indéfrisable de Ségolène. Présentations faites, reste que la vie de sourd, si elle peut être drôle, n’est pas des plus simples. Ils sont où, d’abord, ces grands discrets reconnaissables seulement à leur démarche traînante – et encore, uniquement dans leur jeune âge ? A l’aéroport, au supermarché, à l’école ? Ne se faisant remarquer que par l’incompréhension réciproque que suscite leur infortune ? Partout, tentant de se débrouiller dans un monde auquel ils n’entendent rien et qui, lui, ne les voit pas. Ainsi se retrouve-t-on un poil paumé en classe, un chouia largué pour la drague, plus tard et malgré tout prof en langue des signes et comédien donnant sur scène histoires de sourds, chanson de gestes et, en prime, une petite leçon de LSF (langue des signes fraaise) agrémentée de stupéfiantes indications historiques. Avec exemples, exercices, variations sur registres, randonnée en patois gestuels et conduite en état de surdité. Jusqu’à ce que revienne l’histoire personnelle, avec elle le temps du mariage et tout ce qui s’ensuit : spermatozoïde, ovule, morula, blastula et tout le tralala. Contraction, expulsion, exultation. Dans le grand vacarme de la naissance. « Entendant, et alors ? » Enfonçons d’abord les portes grand ouvertes : écrit, mis en scène et interprété par un sourd, le spectacle vise bien sûr à jeter de nouvelles passerelles entre toutes les oreilles, celles qui entendent et celles qui ne le font pas. Ce faisant, de faire percevoir aux cervelles cachées derrière les premières les heurs et malheurs de la vie de sourd, moyennant la compréhension concomitante d’une autre réalité, aussi importante ou plus : à moins de signes ou d’efforts, le monde des sourds est tout aussi fermé aux entendants que l’inverse, privant la part audible de l’humanité des bénéfices de la fréquentation de son pendant et réciproquement. Ce qui méritait tout de même bien un spectacle. Jef’S le dit à juste titre, quitte à s’engouffrer dans une autre porte ouverte : nous sommes tous pareils, nous sommes tous différents. Ayant évoqué la différence, venons-en à l’identique. Aussi sourd soit-il, Jef’S est indéniablement comédien, et bon comédien. Son jeu, énergique, bien rythmé et précis, assumé dans ce qu’il porte de caricature, s’appuie par force sur une gestuelle d’autant plus affirmée qu’elle profite de la pratique du signe sans pour autant s’y limiter, jouant de mimiques et postures proprement théâtrales, pour elles-mêmes ou au service du texte. Car texte il y a, signé et traduit avec entrain par Patrick Gache sans que l’entendant y trouve rien à redire. Son humour paradoxalement aussi tranquille qu’enlevé y trouve un heureux équilibre, évitant aussi bien l’écueil du pathos larmoyant que celui d’un humour dont le poids ne serait que le faux nez du mal-être. L’ensemble laisse sur un beau sentiment d’optimisme et l’expression d’une volonté forte, mais dépourvue d’outrance militante : celle de faire de l’univers sonore qui est le nôtre un même monde pour le sourd et l’entendant. Laisse, surtout, entendre et voir le meilleur signe des bonheurs de scène, un rire sincère et continu, ouvert, partagé sans même y penser par le peuple entendant et celui qui n’entend pas. Qu’on se le dise, Jef’S n’entend pas en rester à ce premier spectacle, à ce seul thème. Nous en reparlerons. D’ici là, persiste et signe comme il peut :

(Source : http://www.lecloudanslaplanche.com/Reserve_pages/Sourd_Et_Alors.html)

Catégorie : Comédie

Mise en scène : Alexandre Bernhardt

Avec : Jean-François Piquet et Patrick Gache

Durée : 66 min

Critiques : 5/5

Contact : Association ACT’S 10 avenue Georges Guynemer 3177 Colomiers Tél : 6 12 81 39 77 / Mail : accueil@acts31.fr

Photos :

Vidéo :

http://dai.ly/xb11zq

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