Ce soir, on passe la commande en langue des signes

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A la table d’Auréa, la serveuse Marina Dupraz prend la commande pour les quinze convives.

Chaque mois, un restaurant genevois accueille l’opération café des signes.

Pour commander un Coca, les doigts se courbent formant un C. Pour un café, les deux mains symbolisent le mouvement du moulin. Examinant avec attention le menu et le récapitulatif des signes de base avant l’arrivée de la serveuse, les cinq amies de la table centrale sont décidées à jouer le jeu. «Quand on a réservé, on ne savait pas que ce serait une soirée spéciale. C’est une très bonne surprise», affirme Sabrina Bracaloni, 30ans.

Vendredi 15 mai, le Nyamuk, rue des Bains, s’est en effet changé le temps d’une soirée en café des signes. Deux serveuses sourdes prennent les commandes tandis qu’une interprète et une enseignante proposent une rapide initiation à la langue des signes française (LSF).

Né en 1999, le concept cartonne à Genève. «Depuis 2005, on en fait un par mois, en passant d’un restaurant à l’autre», explique Stéphane Beyeler, responsable des cafés signes pour la Romandie, en signant à toute vitesse, laissant l’interprète Erika Serlooten sans souffle.

Et de poursuivre: «L’objectif est de sensibiliser les entendants à ce handicap. D’autant que celui-ci n’est pas visible. Quand on leur pose la question, beaucoup de gens pensent n’avoir jamais rencontré un malentendant. C’est certainement faux, simplement ils n’ont rien remarqué.»

Pour Jacky Mello, un client de 72ans, c’est en effet une révélation. «Cette initiative permet d’avoir un contact avec un monde que, personnellement, je ne connais pas. On ne peut pas se rendre compte de leur souffrance. Ne pas avoir accès aux sons, ne pas entendre le chant des oiseaux, la musique, ça doit être terrible», poursuit cet ancien soliste de l’Orchestre de la Suisse romande.

La barbe de Calvin

Retour à la table centrale, où l’enseignante Isabel Canalda prodigue sa leçon. «Ça donne envie de prendre des cours, de s’investir», souligne Jenifer Grolimund, éducatrice de profession, tout en l’imitant avec application. Bientôt, toute la tablée se gratte le menton. «C’est ainsi que l’on dit Genève, traduit Erika Serlooten. Savez-vous pourquoi?» Angela tente sa chance: «Peut-être pour symboliser la barbe de Calvin.» Dans le mille! «Pur hasard», ajoute-t-elle, modeste.

A quelques pas de là, Aurea Zoller, 22ans, connaissait sans doute la réponse. Il y a un an, elle découvrait la langue des signes sur un stand au Salon du livre.

Grâce aux cours, cette secrétaire comptable est déjà une experte: «Maintenant, j’ai envie de faire découvrir aux autres à mon tour.» G. O. dans l’âme, elle a proposé cette soirée à une quinzaine de personnes sur le site onvasortir.com

«Une réussite, j’ai dû refuser des gens.» Parmi ses «invités», Worakan Suwanrungrueng, un Thaïlandais de 42ans travaillant pour l’Unicef. «Cela ne devrait pas être aux sourds de venir frapper à notre porte, mais à nous de pénétrer dans leur univers», précise-t-il.

C’est cette philosophie qui a poussé Chrislaine Hug, 24ans, à apprendre leur langue. «Je suis tombée dedans grâce aux cafés des signes», raconte cette jolie blonde. Et comme son ami Pierre-Igor Berthet s’y est mis lui aussi, elle était sûre de lui faire plaisir en choisissant cet endroit pour son anniversaire. Une initiative qu’apprécient les trois autres convives. «C’est un peu succinct, mais ça suscite déjà un intérêt», rapporte Rémi La Marra.

Nul doute qu’il se souviendra au moins du signe pour «bon anniversaire».

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