La paranoïa d’un sourd-muet finit par un coup de couteau

0
55

CORRECTIONNELLE | Pour un geste mal compris à la sortie d’un club lausannois en juin dernier, un malentendant et son copain s’estimant humiliés corrigent deux noctambules à coups de poing et de couteau suisse.

«J’ai fait un geste pour appeler, et puis un autre pour mimer une bouffée de cigarette. Et puis pour montrer la prothèse auditive que je porte. Ça s’est mal passé…» Il faut toute l’attention de l’interprète en langage des signes pour traduire devant le tribunal ce qu’il exprime à une vitesse folle du bout de ses doigts agiles. Et on comprend que, cette nuit d’été 2008, à 4 h du matin à la fermeture du V.O., une boîte située à la place du Tunnel, à Lausanne, les choses ont pu mal tourner.

Sourd-muet de naissance, ce jeune homme de 30ans croupit en préventive depuis huit mois. Il risque plusieurs années de prison pour avoir pété les plombs et porté plusieurs coups de couteau à l’un des noctambules qui lui avait refusé cette fameuse cigarette. Une éducatrice spécialisée est venue dire combien les non-entendants peuvent souffrir de paranoïa en cas d’incompréhension: «Ils ont alors tendance à penser que tout ce qui se dit l’est contre eux.» L’accusé et son ami, lui aussi handicapé – jugé séparément –, ont ainsi affirmé à la police qu’ils se sont emportés parce qu’ils se sont sentis humiliés. De fait, connus des services de police, l’un et l’autre ne sont pas des enfants de chœur.

Leur victime raconte: «Il y en a un qui a frappé mon copain au visage, puis l’autre m’a piqué dans le dos et planté une lame dans le ventre. J’ai juste eu le temps de lui asséner un coup avec mon skateboard pour le faire partir avant de me sentir mal.» Il a échappé au pire. La lame du couteau suisse lui a lacéré le foie. La blessure n’a heureusement pas laissé de séquelle.

Pour Eric Mermoud, substitut du procureur, il y a non seulement eu lésion corporelle qualifiée, mais aussi mise en danger de la vie. Se basant sur une expertise psychiatrique de 2003, l’avocat général admet une diminution moyenne de responsabilité pénale. Il requiert 18 mois, ferme en raison des antécédents. Et de brandir la menace d’un internement si un nouveau et cinquième passage en justice venait à se produire.

Problèmes en prison
Le défenseur, Me Olivier Carré, espère obtenir un sursis partiel. Afin que son client pas tout à fait comme les autres passe le moins de temps possible en prison. La vie en détention du jeune sourd-muet se complique en effet d’un diabète sévère. Une affection dont il souffre non seulement physiquement, mais aussi psychiquement: «Les copains croyaient que j’étais drogué quand je me piquais, ce n’était pas facile à expliquer en langage des sourds

Son incarcération au Bois-Mermet pose par ailleurs quelques problèmes. L’intéressé se plaint, par exemple, du bruit causé par ses codétenus qui écoutent la TV ou la radio trop fort: «Cela provoque des vibrations qui m’empêchent de dormir.» Verdict aujourd’hui.

Source : http://www.24heures.ch © 10 Mars à Suisse

Écrire un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.