Des faux sourds-muets arnaquent les passants mais parlent à la police

6
118
Des sourds tendent cette carte aux clients des bistrots afin de les inciter à acheter les gadgets qu’ils proposent. Ce procédé qui s’est intensifié en Suisse romande inquiète la Fédération suisse des sourds-muets.

La police d’Yverdon a interpellé trois Roms qui prétendaient être mandatés par une association de sourds-muets et a retrouvé dans leur voiture une somme de 5000 francs. Ce phénomène est récurrent en Suisse romande.

Se faisant passer pour des sourds-muets chargés de collecter des dons pour leur «association» basée à Genève, ils abordaient les passants dans les rues d’Yverdon-les-Bains. Badge sur la poitrine, comme des personnes dûment mandatées, ils demandaient ensuite aux éventuels généreux donateurs de bien vouloir signer sur une feuille prévue à cet effet. Depuis plusieurs mois, des Roms écument ainsi diverses villes de Suisse romande (Genève, Morges, Renens, Lausanne, Yverdon-les-Bains, Moudon, Neuchâtel…).

La police municipale d’Yverdon a interpellé le mois passé trois Roumains, un homme de 31 ans et deux femmes de 18 et 28 ans, se faisant passer pour des sourds-muets et récoltant des fonds dans la rue. Les deux femmes passent rapidement aux aveux. Et c’est à ce moment qu’un autre Roumain les appelle sur leur portable pour savoir où elles se trouvaient. Cet homme qui, vraisemblablement, était le chef de cette bande d’escrocs sera lui aussi entendu par les policiers qui ont trouvé la somme de 5131 francs dans son véhicule.

«Lors de son audition, il y a eu un interprète. Pourtant quelques jours, après, il a téléphoné ici pour réclamer son argent et il a parlé en français», sourit le juge d’instruction Patrick Galeuchet, qui a renvoyé en jugement les trois Roms pour escroquerie. Selon lui, «l’affaire a été tirée au clair et ces personnes qui n’étaient pas connues des services de police n’ont pas été placées sous mandat d’arrêt».

«Une affaire de survie»
Jean-Christophe Sauterel, de la police cantonale, n’écarte pas la thèse du réseau organisé qui utilise aussi des mineurs. Une hypothèse que dément formellement Dina Bazarbachi, présidente de l’association Mesemrom (Je suis Rom).

L’avocate genevoise soutient qu’il n’y a «ni réseau ni escrocs» mais «des gens qui essayent de survivre en suscitant la compassion d’autres personnes mieux nanties». Avant d’inviter à la prudence. «C’est impossible, relève-t-elle, de gagner 5000 francs en demandant de l’argent dans la rue! A Genève, la police a trouvé une fois la somme de 2700 francs sur une mendiante Rom. Or, il a été prouvé que c’est son frère qui lui avait envoyé cet argent depuis la France. Donc, il faut se garder de tirer des conclusions hâtives.»


La Fédération suisse des sourds-muets s’indigne

A la Fédération suisse des sourds-muets (FSS), l’incompréhension le dispute à l’indignation. Depuis plusieurs mois, aux abords des centres commerciaux comme en pleine rue, des individus jettent le discrédit sur cette institution, en apostrophant la population dans le but de lui soutirer de l’argent au profit, soi-disant, des sourds-muets.

«Nous avons déposé en juillet une plainte pour escroquerie dans le canton de Neuchâtel. Mais, le procureur n’est pas entré en matière, jugeant que notre fédération n’était pas directement touchée. Des démarches, signale avec dépit Fanny Scheurer de la fédération, ont également été faites sur Genève, mais n’ont pas abouti.»

La FSS affirme aussi être au courant des agissements de «vrais sourds venant des pays de l’Est mais qui travaillent pour le compte d’associations fictives». L’institution basée à Lausanne estime que le message véhiculé par ces gens fait «appel à la pitié». C’est-à-dire exactement le contraire des démarches entreprises par la FSS pour «mettre en avant les capacités des sourds et favoriser leur intégration».

Endiguer cette situation qui devient préoccupante nécessite, selon Fanny Scheurer, «un travail d’information et de sensibilisation». Afin de séparer le bon grain de l’ivraie.

 

6 COMMENTS

  1. Nous vous signalons que 2 jeunes filles, probablement des Roms, ont collectées des fonds dans le train de Sion-Genève entre Lausanne et Genève. Nous ne nous sommes pas méfiers en premier lieu et avons contribués la somme de Fr. 20.00. Après des discussions nous avons consultés votre site et décidé de vous avertir.
    Nous vous laissons le soin d’avertir la police.

    Meilleures salutations,

    Nick & Marlène Morath
    Tél. 027 395 43 14

  2. J’ai donné 10.- à un jeune homme cet après-midi dans le train allant de Genève à Brig. Je crois qu’il est monté à Gland. Il est passé dans le wagon en montrant une feuille A4 aux passagers en leur demandant des signatures et de l’argent pour l’ouverture d’un soit-disant centre pour sourds-muets à Givisiez (si je me souviens bien). Une dizaine de personne avaient préalablement signé la feuille et donné des sommes allant jusqu’à 50.- (à moins qu’elle n’ait été préparée afin de donner confiance). Le jeune homme n’avait pas l’air suisse. Après coup j’ai eu l’impression de m’être faite arnaquée, raison pour laquelle j’ai entrepris une recherche sur Internet. Je suis tombée sur votre avertissement tout de suite.

  3. Lausanne,Gare de Renens, Quai de Vevey, etc. deux jeunes filles, la vingtaine, étrangères, probablement Roms, demandent de l’argent et des signatures depuis 2-3 ans ou plus.

    Activité très lucrative on dirait. Je n’ai encore vu personne donner de l’argent mais si elles continuent c’est que ça marche. C’est exaspérant.

Écrire un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.