L’art d’échanger

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Jocelyne Wilhelm présentait hier, en langue des signes, Les lendemains n’ont pas chanté, au Fonds régional d’art contemporain. Dernier jour d’une exposition qui a reçu plus de 6 500 visiteurs.

Chantal, de Talange (de face), et Jocelyne Wilhelm (de dos) partagent leurs impressions devant les photographies de Nicolas Pinier.

Dans le hall, elles sont déjà en pleine conversation sans avoir prononcé un seul mot. Depuis février 2005, Jocelyne Wilhelm, sourde, propose, en partenariat avec l’Institut d’éducation sensorielle de Metz, des visites guidées gratuites, en langue des signes française (LSF), de chaque exposition du Fonds régional d’art contemporain (Frac). «Je suis passionnée par les arts. Enfant, je faisais de la danse classique. Et puis j’aime l’archéologie, les sciences», égrène-t-elle. A ses côtés, Chantal, sourde aussi, vient ici pour la troisième fois et reconnaît d’emblée avoir franchi le pas grâce à Jocelyne. «Il faut un interprète», affirme-t-elle. A son arrivée au Frac, Hinda Lagasse l’a accueillie avec quelques rudiments de LSF. «Jocelyne nous donne des cours une fois par mois pour qu’on puisse au moins souhaiter la bienvenue à ce public et lui expliquer comment contacter notre guide par e-mail

Hier après-midi, Jocelyne effectue sa quatrième et dernière visite guidée de l’exposition You are my mirror 2 : les lendemains n’ont pas chanté. Une exposition consacrée à la splendeur et à la misère des monuments. Monuments pour se «remémorer » – comme en témoignent ces photographies de monuments de la guerre de 1870 prises par l’artiste messin Nicolas Pinier – ou monuments démantelés lorsque les idéologies qu’ils servaient se sont effondrées à l’instar de cette statue de Lénine qu’on déboulonne à Vilnius sous l’œil du vidéaste Deimantas Markevicius. Une exposition qui s’achève avec un record d’entrées : plus de 6 500 «dont 3 000 sur la Nuit blanche et 1 000 pour les deux Journées du patrimoine», se félicite-t-on à l’accueil.

Vibrations

Pas à pas, Jocelyne guide ses deux visiteuses, Chantal, mais aussi une jeune femme, «qui apprend la langue des signes à l’Urapeda, une association de parents déficients auditifs» et suit cette visite pour se perfectionner. Sans hésiter, l’animatrice s’arrête devant l’œuvre de Gintaras Didziapetris : une conversation téléphonique trouvée dans les Archives du KGB et rejouée à Vilnius en 2008. «La surdité est différente d’une personne à l’autre», précise-t-elle. «Si les sourds n’entendent pas les aigus, ils entendent davantage les graves et puis, le son passe aussi par les vibrations», poursuit-elle, avouant toutefois que «le support écrit qui accompagne l’œuvre est bien utile.»
Pour mener à bien ce parcours dans l’exposition, Jocelyne a elle-même fait la visite avec une personne du Frac et travaillé sur un résumé. «La musique et le chant ne sont pas très accessibles aux sourds contrairement à tout ce qui est visuel et corporel», confirme-t-elle, avouant toutefois que «parler d’art est abstrait alors que la langue des signes se base surtout sur du concret, du visible». Puis, se ravisant. « Enfin, tout dépend des gens. Il y a bien des entendants qui ne s’intéressent par à l’art et ne vont jamais dans les musées ?»

Source : http://www.republicain-lorrain.fr © 20 Octobre 2008 à Metz

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