Roberto Biedma : chanson de gestes

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Roberto Biedma se lance dans une croisade. Ce Strasbourgeois d’adoption, d’origine espagnole, se pose en héraut des sourds et muets d’Alsace. Pourfendant les idées reçues, l’éducation traditionnelle et les réflexes de tout-un-chacun, il poursuit une quête de changement des mentalités et d’intégration des sourds et muets à la société.
Sourd de naissance, Roberto Biedma a trouvé sa place dans la société. Par son métier d’abord (intermédiateur aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg et formateur de la langue des signes française). Par son engagement depuis quelques années, ensuite. « Pendant une longue période, je n’ai pas eu conscience de ce qui était écrit. C’est lors d’un salon du livre à Colmar que j’ai ouvert les yeux sur cet univers. Depuis, j’estime avoir perdu 30 ans de ma vie, mais une nouvelle existence a débuté et je rattrape le temps », explique-t-il.

« Dans la rue, les gens ne nous voient pas différents d’eux, jusqu’à ce que nous nous exprimions en langage des signes. Souvent alors, ils prennent peur et nous fuient »

Sensibilisé à la cause de ceux qui partagent sa souffrance, il se rend alors compte que beaucoup de sourds avaient vécu les mêmes expériences difficiles, notamment à l’école. Si la loi de 2005 précise que la langue des signes est la langue des sourds, Roberto Biedma dénonce une tendance à l’oralisme (la contrainte des sourds et muets à intégrer la langue orale) jusque dans les écoles spécialisées : « alors que le sourd fonctionne au visuel et non au son comme l’entendant, les éducateurs privilégient encore l’orthophonie, le langage parlé complété (LPC) et l’oralisme sur la langue des signes », dénonce-t-il.  Mais ces blocages ne sont que le prolongement d’une exclusion au quotidien : « Dans la rue, les gens ne nous voient pas différents d’eux, jusqu’à ce que nous nous exprimions en langage des signes. Souvent alors, ils prennent peur et nous fuient », regrette celui qui intervient de plus en plus souvent dans les écoles pour sensibiliser les jeunes générations à l’univers des sourds et muets. A la télévision, la grande majorité des programmes ne sont pas sous-titrés. Seules les séances de l’assemblée nationale et un flash d’informations comportent une vignette avec un interprète en langue des signes, mais de très petite taille. Dans les gares, les annonces de retard ne sont souvent pas affichées mais seulement déclamées au micro. Pour un rendez-vous à la banque, Roberto Biedma doit être accompagné d’un interprète lors de la prise de contact et lors du rendez-vous même.

« Il y a un problème financier pour adapter les infrastructures à notre handicap, mais il existe aussi un blocage des mentalités »

Dans leur vie professionnelle, les sourds et muets sont en butte aux mêmes obstacles, aux mêmes vexations. « Il y a un problème financier pour adapter les infrastructures à notre handicap, mais il existe aussi un blocage des mentalités. C’est celles-ci qui doivent changer », affirme Roberto Biedma. Et il espère que son livre, à mi-chemin entre le témoignage et le coup de gueule, permettra au grand public d’ouvrir les yeux sur ceux qui, par leur différence, restent en marge de la société.

Roberto Biedma, Ça ne va pas être possible : tu es sourd !, aux Éditions du Lys, 17 €. Roberto Biedma sera présent à la Foire du Livre de Saint-Louis les 26 et 27 avril.

Source : Dernières Nouvelles D’alsace © 20 Avril 2008 à Strasbourg ( France)

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