Coup d’envoi d’efforts pour une coopération entre les associations en charge des sourds

Le BLRS, branche libanaise du BIAP, entame son action en organisant un premier congrès national

«Sourd. Et alors ? » « C’est une phrase que les sourds ont envie de dire en toute liberté et c’est à nous de les encourager à le faire. Il y a une seule façon de respirer mais il y a plusieurs façons de penser. Pensons positivement, pensons à la personne humaine, à ses sentiments, à son amour propre, à ses droits, à sa différence, non à sa déficience. Ensemble nous pourrions lui rendre son estime et sa place parmi les siens. Cela est l’esprit du Bureau libanais pour la recherche en surdité » (BLRS), souligne Mme Viviane Touma, présidente du BLRS, branche libanaise du Bureau international d’audiophonologie (BIAP).
Le BLRS a été créé en 2007 dans le but d’encourager le travail d’équipe médical et paramédical, de promouvoir des recherches en matière de surdité dans les domaines médico-social, psychologique, orthophonique, pédagogique, audiologique et autres, et de diffuser les informations nécessaires favorisant et facilitant l’intégration sociale de la personne sourde. Par ailleurs, le BLRS s’engage à apporter aux recherches menées au sein du BIAP une approche du terrain libanais afin de mieux cibler la réalité au Liban et de faire profiter la communauté sourde nationale de l’approche internationale en matière de surdité.
Le BLRS a débuté ses activités par un congrès national sous le patronage de l’ancien ministre Michel Eddé, président d’honneur du Bureau, sur le thème « La surdité hier, aujourd’hui et demain ». Le congrès s’est tenu au palais de l’Unesco. La journée consacrée à des rencontres-débats entre professionnels de la surdité, venant des secteurs médicaux et institutionnels, a regroupé des représentants des ministères concernés, M. Jean Hayek (Éducation nationale) et Mme Corinne Azar (Affaires sociales).
Relater la teneur des tables rondes et des différentes interventions serait quelque peu fastidieux vu la richesse des propos tenus et des débats. Les actes du colloque seront disponibles au siège du BLRS, pour les personnes qui souhaiteraient approfondir leurs connaissances (Renseignements au
www.blrecherchesurdite.com).
Voici une histoire qui pourrait résumer l’état actuel de la surdité au Liban, dans son approche psycho-sociale : deux jeunes sourds, Wissam et Christian, d’une quinzaine d’années chacun, se promènent au bord de la mer. Ils regardent les gens autour d’eux qui s’adonnent chacun à une activité : la marche, le jogging, la natation. Les uns sont en tenue de sport alors que d’autres se dorent au soleil en maillot. Le jeune Wissam se retourne vers son copain et lui dit : « Tu vois celui-là, il est obèse, comment peut-il se mettre en maillot, et celui-ci, il a l’air d’un mort vivant tellement il est squelettique. Il ne se regarde pas dans le miroir avant de sortir de chez lui ? Je me demande comment ils peuvent être à l’aise ? »  Et Christian de répliquer : « Et toi Wissam, es-tu à l’aise ? Au fait où sont tes prothèses auditives (appareillage) ? As-tu honte d’être sourd ? »
Cette conversation est des plus classiques. Un fait, une réalité, un vécu.
Comment la personne sourde se perçoit-elle de nos jours ? Dans quel contexte se sent-elle à l’aise ? À quel milieu appartient-elle ? À quelle communauté ? Quelle est sa langue ? Son identité ? Son école ? Quel avenir a-t-elle ? Les différents intervenants ont tenté de situer les problèmes, de parler des difficultés et de débattre des possibilités de remédiation.
Les thèmes des tables rondes étaient : « Identité et culture de la personne sourde » ; « De l’école à l’université : des pas sûrs vers l’avenir » ; « Le travail d’équipe multidisciplinaire » ; « Les ateliers de stimulation cognitive de l’enfant sourd » ; « La langue des signes au service de la parole » ; « L’implant cochléaire et ses limites » ; « L’avenir de la personne sourde au Liban et le rôle de l’association des parents de sourds ».
Il a été convenu au terme de cette journée d’élire une commission représentant les différentes parties œuvrant dans le domaine de la surdité et d’élaborer en équipe un projet de travail qui sera présenté ultérieurement aux ministères concernés.
Les candidatures en vue d’une participation aux activités du BLRS sont ouvertes sur présentation d’un dossier. Des commissions de recherche seront progressivement mises en place afin d’activer et de développer l’action du BLRS dans un esprit de coordination et de coopération entre les différents acteurs du domaine de la surdité.

Source : http://www.lorient-lejour.com.lb © 19/06/2008 à Beyrouth

 

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