A 27 ans, Arnaud Quarré de Champvigy sera samedi prochain le premier finaliste malentendant de l’histoire

Malentendant de naissance, Arnaud concilie son travail dans un cabinet médical et sa passion pour le foot.

Malentendant de naissance, Arnaud concilie son travail dans un cabinet médical et sa passion pour le foot.

de Mister Suisse. Il défend la cause des sourds avec force et… charme!
C’est un vieux cliché des concours de beauté: les candidats adorent jouer les avocats des grandes causes pour se faire bien voir. Samedi prochain, lors de la finale de Mister Suisse, le si joliment nommé Arnaud Quarré de Champvigy - son père est issu de la noblesse bourguignonne -, malentendant de naissance, délivrera un message plus personnel, plus profond. «Les sourds sont toujours aussi mal acceptés dans notre société. J’espère leur donner un peu confiance, les décomplexer. Je me suis inscrit avant tout pour cela.»
Arnaud, joli blond aux traits fins d’1,83 m, habitant au Mont-sur-Lausanne, est comptable et joue au foot. Un modèle d’intégration qu’il doit à sa force intérieure et à ses parents, aussi. Pour samedi, il n’a qu’une peur: «Des questions seront posées par haut-parleurs aux quatre derniers finalistes. Si j’arrive à ce stade, le speaker devra me les répéter en face. C’est déjà prévu», sourit-il.
Malentendant, Arnaud entend les sons mais ne comprend pas les paroles. Tout passe par les lèvres. Pas moyen, donc, de parler au téléphone; on prend rendez-vous par e-mail ou par SMS uniquement. La discussion en face-à-face, en revanche, est fluide et pleine d’humour.
Campagne de publicité
De reportages en émissions télé, son handicap lui a déjà valu une jolie notoriété depuis son inscription au concours. Phonak, la fameuse firme d’appareils auditifs, l’a choisi pour une prochaine campagne de publicité. D’où, peut-être, la jalousie de certains concurrents. L’ayant aperçu avec un walkman sur les oreilles lors d’un ultime stage en Croatie, certains ont même mis en doute sa surdité. Arnaud a écrit une lettre à l’ensemble des candidats pour mieux expliquer son mal. «Les organisateurs font peut-être un peu plus attention à moi, ce qui peut agacer. Et puis les répétitions exigent de ma part une telle concentration que le soir, j’ai besoin d’être seul pour décompresser. Cette attitude est peut-être mal passée.»
Depuis décembre, Arnaud s’occupe de gestion dans un cabinet médical, poste qu’il a obtenu après deux ans de chômage, malgré une excellente formation. «Quand vous êtes sourd, c’est toujours la même chose. L’entreprise se dit intéressée en voyant votre CV. Et puis tout capote au moment de l’entretien, lorsqu’ils s’aperçoivent de votre handicap. On vous fait gentiment comprendre que ce n’est pas possible pour des questions de communication. Le taux de chômage chez les sourds en Suisse atteint les 70% aujourd’hui. Malgré les compétences, beaucoup sont cantonnés à des métiers manuels, à la Poste, notamment. On finit par perdre confiance. C’est désolant.»
Si joli garçon, Arnaud reste pourtant un coeur à prendre. «Etre malentendant crée aussi une distance avec les filles, même si j’ai plutôt la cote au premier regard. Mon handicap est mal accepté.» De ses deux histoires d’amour, l’une l’a lié avec une charmante malentendante.
Fils unique, Arnaud avait trois ans lorsque ses parents, faute de l’entendre parler, l’ont emmené chez le médecin. «La surdité a été aussitôt détectée. Ma mère a toujours tout fait pour que j’aie une vie normale. Petit, je prenais des cours intensifs chez un orthophoniste, un spécialiste du trouble du langage.»
«Au collège, les copains m’aidaient»
De l’école, Arnaud garde à la fois les pires et les meilleurs souvenirs. «En primaire, j’étais totalement mis de côté, méprisé par les autres. Au collège, en revanche, ç’a été tout le contraire. Les copains m’aidaient, me refilaient leurs notes. Un prof bouge trop, c’est souvent impossible de suivre le cours sur ses lèvres.» Et d’enchaîner avec humour: «Aujourd’hui, je suis parfaitement bilingue: français et langage des signes.»
Gosse, Arnaud rêvait de devenir joueur de foot. Sport qu’il pratique aujourd’hui dans deux équipes. Celle de l’ASD, l’association des sourds vaudois, où il milite activement. Et, chez les «valides» avec le FC Saint-Jean, en 3e ligue genevoise, où on le surnomme Beckham. Outre sa ressemblance physique, il partage avec la star anglaise le même maillot numéro 7 et le même goût pour la mode. «Notre capitaine avertit l’arbitre de ma surdité avant chaque match. J’ai tout de même pris un carton rouge une fois pour avoir marqué, malgré un coup de sifflet… que je n’avais pas entendu. L’arbitre s’est excusé après coup», sourit Arnaud.
A l’adolescence, Arnaud a déjà fait plusieurs défilés comme mannequin à Paris et à Lyon. La finale de samedi pourrait lui servir de tremplin. Mais, au fond, il ne rêve que d’une chose: «Avoir une femme et des enfants dans une jolie maison». Comme tout un chacun.


Source : http://www.lematin.ch © - 29/03/2008 à Suisse

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