Isabelle Gauvin présente L’Échiquier des sourds
109 Vues, Publié par Philippe dans A la une - Fevrier 2008, tags: Canada
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La Galerie d’art du Parc présente une exposition triple jusqu’au 23 mars prochain. Sylvie Gosselin et Luc Prairie présentent Mémorial - suites lumineuses, Beauvais Lyons, de son côté, offre Les archives médicales Hokes alors qu’au troisième étage, on présente L’Échiquier des sourds de la Trifluvienne Isabelle Gauvin.
Attachons-nous au talent local d’autant que L’Échiquier des sourds en vaut vraiment la peine. En fait,l’installation n’est que le point final d’un projet hors du commun qui fait partie intégrante de la démarche artistique.

L’artiste Isabelle Gauvin se mêle à ses personnages sur L’Échiquier des sourds, l’installation qu’elle présente à la Galerie d’art du Parc.
Même compte tenu de ses limites, l’oeuvre est très intéressante. Fascinante, en fait, non pas tant pour sa forme, intéressante, au demeurant, mais pour son propos. C’est une réflexion particulièrement pertinente sur la communication.
sabelle Gauvin est allée rencontrer des gens ayant des problèmes de communication: un groupe de personnes sourdes et un groupe de personnes analphabètes.
Elle a demandé à chaque individu ce que ça prend pour avoir une bonne communication. Par la suite, elle leur a demandé de trouver un objet ou d’en fabriquer un qui illustre leur propos.
L’artiste, par la suite, a réalisé sur du bois des dessins représentant chaque participant dans une pose représentant la vision de l’artiste et derrière cette plaque découpée au contour de la silhouette du personnage, Isabelle Gauvin a déposé l’objet fabriqué par la personne. Ces personnages sont disposés sur un grand échiquier qui occupe la salle d’exposition entière dont les carreaux foncés sont des plaques de faux gazon.
Déjà , la métaphore de l’échiquier est très intéressante. Ne sommes-nous pas que des pièces au comportement prédéterminé sur l’échiquier de la vie sociale? Entrons-nous vraiment en communication avec les autres ou nos contacts ne sont-ils pas déterminés par notre fonction? «Pris dans notre carré de gazon, dit l’artiste, on a de la difficulté à entrer en contact avec les autres.» À moins que ce ne soit pour les manger.
Les symboles sont multiples dans L’Échiquier des sourds. Comme l’aire de jeu est vaste, le spectateur est fortement invité à circuler entre les personnages. «On distingue nettement mieux les personnages quand de vraies personnes sont sur l’échiquier.»
Les personnages témoignent notamment de la multiplicité des moyens de communication et de leur sophistication mais qui se préoccupe d’avoir une vraie communication? Qu’est-ce qu’une vraie communication? Plusieurs des personnes rencontrées par Isabelle Gauvin disent que le problème essentiel, c’est le manque d’écoute. On a beau avoir le téléphone cellulaire le plus sophistiqué et pouvoir parler à quelqu’un à Ouagadougou, si celui-ci a la tête ailleurs…
Parmi les intervenants rencontrés, se trouve une femme, sourde de naissance mais qui a perdu la vue il y a quelques années. Est-il possible pour elle de communiquer de façon satisfaisante? Isabelle Gauvin croit que oui.
«Si les gens ouvrent leur coeur et pas seulement leurs oreilles à ce que l’autre exprime, c’est là que se trouve la vraie communication.»
«La chose la plus importante de tout le projet, c’est que c’est vivant, ça se poursuit. La communication que j’ai entamée avec des gens qui n’y sont pas souvent invités, va se poursuivre. Ça leur a ouvert une porte. Ils se sont sentis écoutés, intéressants et vont probablement tenter de communiquer davantage pour parler d’eux. C’est plus important que l’oeuvre finale qui est exposée.»
Bien sûr, les spectateurs n’auront pas le privilège que j’ai personnellement eu de discuter de tout ça avec l’artiste. Une conversation passionnante et d’une grande richesse. La seule oeuvre pose cependant une multitude de questions sur cet élément vital de l’être humain qu’on ne considère que rarement à ce titre. Existons-nous sans communication?
L’autre doit-il nous comprendre pour que la communication en vaille la peine? De toute façon, quel pouvoir a-t-on sur ce que l’autre reçoit de nous et surtout, sur ce qu’il en garde et comment il le comprend? Aucun. Est-ce à dire qu’ultimement, ce qui compte vraiment, c’est la qualité de l’expression puisque chaque interlocuteur n’en comprend jamais que ce qu’il peut ou veut en comprendre?
Vos réponses valent les miennes mais la réflexion proposée par Isabelle Gauvin est extrêmement intéressante.
Et son projet, exceptionnel. Elle est une brillante communicatrice.•
Source : http://www.cyberpresse.ca © - 23/02/2008 à Canada

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