Le faux prêtre escroque des sourds muets
93 Vues, Publié par Philippe dans A la une - Octobre 2007, tags: Réunion
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Ces Possessionais voient enfin leur calvaire s’achever. Leur cousin, un charlatan, leur avait cédé des voitures et des bijoux préalablement bénis pour un total de 30 000 euros. La crédulité de ce couple de sourds-muets a duré trois ans. Le faux prêtre a été placé en garde à vue.
« J’espère que c’est enfin terminé. Mon frère a trop souffert de cette histoire, il est temps qu’il passe à autre chose. » La sœur de Jean avait l’air lasse mais soulagée, hier après-midi. En suivant l’officier de gendarmerie qui venait signifier à Jean et Marie-Claude (1) le placement en garde à vue de leur bourreau, c’est une page longue de trois années qui s’est tournée. Trois années durant lesquelles ce couple de sourds-muets a perdu plus que les 30 000 euros qu’ils réclament aujourd’hui : c’est leur dignité qui a été atteinte.
« Comme si un esprit parlait à sa place »
C’est l’incroyable histoire de ce couple de Possessionais, à qui un faux prêtre malgache, cousin de Marie-Claude et ami de la famille, a extorqué plus de 30 000 euros, sans avoir l’air d’y toucher. Les premiers contacts remontent à 1995. « Il est venu nous voir en disant que nous étions une famille malheureuse. Que certaines choses n’allaient pas chez nous », note Sylvain (1), leur fils aîné. À l’époque, Jean et Marie-Claude ont une trentaine d’années, et sont déjà parents. Ils ne sont pas à plaindre : Jean dispose d’un emploi rémunéré. Ajouté aux allocations handicapé, ils ont de quoi subvenir largement aux besoins de leurs enfants. Leur croyance en Dieu est forte. Une proie facile pour un bonimenteur doué. D’abord, le couple d’invalides est invité à participer à des cérémonies, en compagnie de leurs enfants. D’autres familles sont également présentes au domicile du « prêtre », au lieu-dit Terres-Rouges, à La Montagne. Le charisme et l’influence quasi magnétique du charlatan impressionnent visiblement le couple. « Lorsqu’il entrait dans sa chapelle et commençait à prier, il rentrait en transes. Ses pupilles se rétractaient, c’était comme si un esprit parlait à sa place. C’était très impressionnant », se souvient Sylvain, pas encore adulte, mais qui ne semble pas né de la dernière pluie. « On croyait que c’était un vrai prêtre, qu’il était capable de tout », soulèvent Jean et Marie-Claude.
1 500 euros pour bénir deux voitures
Le couple tombe sous le charme, et commence à subir l’influence du faux prêtre. Les cérémonies, qui ont lieu plusieurs fois chaque année, sont payantes : une cinquantaine d’euros par personne. Le processus de l’escroquerie se met alors en branle. Il arrivera à maturité quelques années plus tard. Ça commence par les voitures. Le faux prêtre en récupère deux chez un ami garagiste : une Renault Clio et une Mégane. Puis les propose au couple, au prix de 3 000 euros les deux. « Ma voiture venait de me lâcher, et ma femme avait le permis, donc on a accepté », explique Jean. Très vite, les deux voitures tombent en panne. Le charlatan trouve la parade : « Il nous a dit que c’est parce que les voitures n’étaient pas bénies, et qu’il pouvait s’en charger », se souvient Jean. Aussitôt dit, aussitôt fait : 1 500 euros suffiront pour donner au couple « la certitude d’éviter les casses et les accidents ». Mais ce n’est pas encore assez. Jean et Marie-Claude paieront à nouveau 1 500 euros une bande de tissu rouge préalablement bénie, dans le but de protéger les deux voitures. À ce moment, la famille et les amis du couple les préviennent du danger. « On m’avait avertie. Mais j’étais attirée, je ne pouvais rien faire », concède Marie-Claude. Le stratagème du prêtre se poursuit. C’est le tour des bijoux, que le charlatan achète chez un ami bijoutier. Une chaîne en argent pour chacun des quatre enfants, et une chevalière en or pour chaque époux. Il faudra à nouveau payer un supplément pour bénir les objets. La confortable plus-value ira directement dans la poche de l’escroc. « Puis, nous n’en avons plus entendu parler. Il nous a laissés tranquilles, comme s’il avait compris que nous nous doutions de quelque chose », précise Jean.
« Faciles à influencer »
Les doutes se sont confirmés. Des 30 000 euros cédés au charlatan, il reste au couple de sourds-muets une Renault Mégane. La Clio a été vendue pour un millier d’euros. Ils portent plainte devant la gendarmerie de La Possession. Plainte qui mettra quelques années à aboutir, jusqu’à l’interpellation du prêtre, la semaine dernière. Comment en est-on arrivé à de telles extrémités ? Comment un homme, si charismatique soit-il, est-il parvenu à abuser de la crédulité d’un couple et d’une famille tout entière durant trois années ? Sylvain apporte un élément de réponse : « Ils croyaient tellement fort en cet homme. Comme mon père et ma mère sont sourds et muets, ils sont plus faciles à influencer que les autres », estime-t-il. Aujourd’hui, le couple dit aller « beaucoup mieux, avec un poids en moins ». L’histoire appartient au passé, mais la blessure de l’amour-propre subsiste. Tout comme celle au porte-monnaie. » On a perdu beaucoup d’argent à cause d’un cousin qui nous a trahis. Il a joué sur nos sentiments, sur l’amitié. Mais ce n’étaient que des paroles », conclut Sylvain. L’escroc a été convoqué par la gendarmerie et placé en garde à vue, vendredi. Il en est ressorti libre, avec une convocation au tribunal le 10 juin 2008, poursuivi pour abus de faiblesse sur personne vulnérable. Selon une source proche de l’enquête, la police de Saint-Denis s’intéresserait à l’homme pour d’autres affaires du même type.
(1) Les prénom sont été modifiés
- Un stratagème qui repose sur la peur
C’est le schéma classique de l’influence d’un « gourou » sur ses « ouailles ». Impressionner par son charisme et faire croire à ses pouvoirs surnaturels. « Nous l’avons vu guérir un paraplégique », croient savoir Jean et Marie-Claude. Un homme en fauteuil roulant… qu’ils n’ont vu pour la première fois qu’au moment où celui-ci s’est levé et a marché. Sortir de la sphère d’influence du charlatan n’a pas été chose facile. « Des éducateurs nous ont aidés. Ma famille, ainsi que celle de mon mari, qui est très catholique, nous ont fait comprendre notre erreur », souligne Marie-Claude. Le stratagème a duré trois ans. Il fonctionne également sur la peur des pouvoirs du faux prêtre. « Ma tante a également été arnaquée, à hauteur de 30 000 euros. Mais elle n’a pas porté plainte. Les gens ont peur de cet homme », poursuit-elle. « Moi, je n’ai pas peur », répond Jean. Le combat s’achèvera devant les tribunaux.
Source : http://www.clicanoo.com © - 29/10/2007 à La réunion

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