La langue des signes a-t-elle sa place à l’école ?

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Delphine 28 ans. Ma première réaction : Les signants sourds, muets ou pas, peuvent travailler ! Ma deuxième réaction : Je suis très choquée par le propos de Coralie : Je connais les sourds qui, finalement, ne vivent que de leurs allocations car avec la langue des signes, ils se sont coupés de toute relation ». Comment a-t-elle osé porter ce préjugé sans connaître réellement les statistiques ? Je peux vous confirmer que son propos est totalement infondé ! En effet, tous mes amis maîtrisant la LS (langue de signes), travaillent quand même et par conséquent, il est évident qu’ils ne sont pas coupés de toute relation !
Ma troisième réaction : Quand je préparais le diplôme d’ingénieur, un(e) interprète était presque systématiquement présent(e) à mes côtés pour traduire mes cours. Je peux vous dire que mes ex-interprètes sont efficaces et compétentes. Ils arrivaient toujours à faire un petit décalage de quelques secondes par rapport aux paroles des professeurs. Je ne peux pas vous dire que l’ambiance a été au top avec les professeurs et avec certains élèves : ils considéraient les interprètes comme des étrangers ou intrus puisque ils ne connaissaient pas mon problème. Ils croyaient que je pouvais suivre sur les lèvres pendant 8 heures par jour !
Si on me demandait de suivre sur les lèvres pendant une journée complète, je me flinguerais ! Puisque c’est tellement irréel et fatigant ! Il faut que je comprenne d’abord mot par mot avant de comprendre la phrase intégrale à la fin et puis, s’il y a de nouveaux mots techniques que je ne connaissais pas préalablement, il était encore plus difficile de comprendre intégralement le cours que je suivais. Avec les signes, je pouvais suivre agréablement les cours sans devoir faire des efforts supplémentaires.
Il est très important de faire les études supérieures sans faire des efforts supplémentaires sinon, on n’est plus motivé ou déjà usé. Déjà, les cours avec l’interprète sont difficiles à suivre car il ne faut pas oublier les formulations ou interprétations scientifiques (n’oubliez pas que certains cours sont purement scientifiques).
Comment puis-je réfléchir et suivre sur les lèvres en même temps ! Par ailleurs, avec l’interprète, on pouvait s’exprimer au même titre que les entendants sans se soucier si la question était « hors sujet » car on suivait bien le cours ! Bref, petit à petit, mes ex-professeurs ont compris mes besoins particuliers bien que je parle bien. Plus tard, quand il n’y avait pas d’interprète, ils étaient déçus pour moi, mais ils m’ont promis de m’aider car il savaient que je n’étais pas dépendants d’eux.
Soyez certains, quand l’interprète est là, je n’ai pas besoin des centaines d’heures de soutien individuel avec les professeurs ou camarades. Au début, certains élèves se plaignaient car j’étais une élève particulièrement favorisée pour réussir le diplôme par rapport à eux (cours de soutien, etc), ce qui est totalement faux. Petit à petit, ils découvraient mes qualités : mon courage, mon dynamisme et ma joie de vivre malgré les difficultés quotidiennes.
Au cours de ma vie, il y a toujours eu des obstacles notamment financiers pour payer les frais d’interprétariat ou les preneurs de notes. Actuellement, c’est devenu un grand souci pour l’avenir des étudiants sourds ayant recours aux interprètes dans les universités puisque les subventions diminuent régulièrement et progressivement chaque année depuis que l’AGIFEPH a décidé de mettre un plafonnement de 9.000 euros par an en faveur des étudiants sourds qui font des études supérieures.
Moi, j’avais eu de la chance car l’AGIFEPH m’avait accordé plus de 27.000 euros en moyenne chaque année (entre 1998 et 2001) avant la mise en place du plafonnement lorsque j’étais étudiante en Biologie option chimie organique (DEUG) en Savoie (Bourget du Lac). Grâce à l’omniprésence des interprètes, j’étais rangée en 14e place sur 100 élèves en deuxième année de DEUG. Vous voyez, car sans interprète, ma motivation aurait certainement été différente et j’aurais arrêté les études comme l’ont fait des centaines d’étudiants sourds jusqu’à présent. Il est anormal que la société entendante continue à réprimer la LS ou le métier d’interprétariat alors que les étudiants sourds ont le droit de suivre les cours au même titre que les entendants sans devoir s’user ou se priver de faire d’autres choses comme les activités ou simplement faire des choses qu’ils aiment faire. Moi, c’est le sport et les sorties entre amis. Si Coralie pensait que je suis une sourde coupée de toute relation avec le monde des entendants et que j’ai certainement des difficultés de communication avec les collègues, etc. Soyez certain que j’ai plein d’amis entendants avec qui je m’entends à merveille.
Mes relations avec mes collègues sont excellentes dont certains apprennent la LS avec un professeur agréé. Maintenant, je peux communiquer dans ma propre langue avec quelques collègues, ce qui est émouvant pour moi. Je suis très fière d’eux car ils me permettent d’être moins fatiguée le soir quand je rentre du travail.
J’adore travailler en équipe et, vu ma motivation et mon dynamisme, ils essaient le maximum pour que je m’intègre bien dans l’équipe. Il est certain que je continue à faire appel aux interprètes pour les réunions importantes. Je trouve, par ailleurs, que la mentalité française est « déployant » et « conservateur » : la société française, notamment le domaine médical et les parents d’enfants sourds, continue à rejeter la LSF ou le métier d’interprète, alors que ces derniers sont largement développés dans d’autres pays comme les Etats-Unis dans lesquels la LS et le métier d’interprète sont reconnus par l’Etat.
Il est fort décevant de voir la France continuer à considérer la LS comme un échec d’intégration ou une langue minoritaire qu’il faut réprimer, mais, comme je suis née française, je continuerai à me battre jusqu’à la fin de mes jours, s’il le faut. J’ai des tas de choses à vous raconter mais je risque peut-être de vous ennuyer.

Martine Cartailler. Je suis profondément choquée de l’article que vous venez d’écrire « muets avec la langue des signes ». En effet j’ai moi même mon fils sourd profond qui a suivi ses classes de 1ère et Terminale dans la section malentendante de Jules-Renard. Je pense qu’il ne faut pas juger le problème de la surdité qu’avec un seul témoignage. L’oralisme chez les sourds est très complexe je connais des enfants sourds de parents entendants (qui ont beaucoup parlé à leurs enfants…) qui oralisent très peu et des sourds qui pratiquent la langue des signes qui oralisent parfaitement. Je connais beaucoup de sourds qui signent et ne sont pas « coupés de toute relation » avec les entendants, c’est l’inverse qui se produit, un enfant qui n’accepte pas son handicap (car ses parents ne l’ont pas accepté) veut ressembler aux entendants mais il est différent et donc sera mis à l’écart par les sourds et par les entendants, donc il vaut mieux signer et être « bien dans sa tête » plutôt que de vouloir parler et avoir des problèmes psychologiques.
D’autre part s’il est indispensable d’oraliser pour être scolarisé à Jules Renard comment font les enfants sourds de parents sourds? il n’y a pas beaucoup de section S pour les sourds en France alors ceux qui signent vont où ? c’est de la ségrégation. Je pense qu’un interprète ou un prof qui signe sont les bienvenus dans l’éducation nationale si cela peut aider l’enfant et le prof. Tous les moyens sont bons pour faciliter la compréhension des cours aux enfants.
Je suis désolée que l’on rabaisse la langue des signes à « moi va plage » certains sont peut-être très bons en français mais très mauvais en LSF. On n’a pas le droit de dénigrer des sourds et de se moquer étant soi-même sourd d’autant que je connais des sourds qui n’oralisent pas et maitrisent parfaitement le français. Vous pourriez penser que je suis sourde pour défendre la lsf mais pas du tout, je défends tous les moyens qui peuvent aider des enfants en difficulté.
Je ne suis pas une militante de la langue des signes ou de l’oralisme. L’enfant sourd fait ce qu’il peut pour suivre ses études et depuis 20 ans que mon fils est scolarisé c’est la première aide que je vois de la part de l’éducation nationale. Alors, je vous en prie, ne critiquez pas ces mesures tant attendues par beaucoup de parents.

Source : http://www.lejdc.fr © – 26/09/2007
Merci à J-L IMBERT pour info

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