La main des sourds

Malgré sa surdité Audrey Lessard poursuit des études en podiatrie

Au bout de ses rêves en silence

Toute petite, Audrey Lessard rêvait déjà de pouvoir soigner les gens. Mais au fur et à mesure qu’elle entrait dans le monde des adultes, de nombreuses barrières se dressaient devant elle. Comment pourrait-elle y arriver, elle est sourde. L’étudiante au doctorat en médecine podiatrique est en train de prouver que le rêve peut devenir réalité. Elle vient d’ailleurs de commencer son internat à la Clinique podiatrique de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Audrey Lessard
Audrey Lessard

La route de cette étudiante âgée de 25 ans, originaire de Thetford Mines, a été parsemée d’embûches. Elle est née sourde. Comment cette petite fille privée de l’ouïe et de la parole pourrait-elle prendre sa place hors de cette bulle de silence? Dès le primaire, on conseillait à ses parents qu’elle fréquente une école pour les personnes sourdes. Ils ont alors refusé, insistant pour qu’elle soit incluse dans une classe régulière de l’école du quartier. Plus cette élève brillante grandissait dans le monde scolaire, plus il y avait de gens lui suggérant de trouver une voie différente. «On m’a dit souvent que je n’irais jamais à l’université. Je faisais la sourde oreille», ajoute-t-elle en rigolant.

Aujourd’hui, après deux années passées à l’Université de Sherbrooke en pharmacologie, et deux années au programme de doctorat de premier cycle en podiatrie à l’UQTR, Audrey Lessard prouve chaque jour qu’elle peut soigner des gens. Il s’agit probablement d’un cas unique en Amérique du Nord.
Depuis la période estivale, elle travaille avec persévérance à relever un autre important défi dans son cheminement académique, soit celui de quitter la classe pour interagir avec les patients qui fréquentent la clinique podiatrique. D’abord en compagnie d’une collègue de quatrième année et seule depuis la rentrée. Elle n’est pas tout à fait seule. À la différence de ses camarades de cohorte, Audrey est accompagnée quotidiennement par Sonya Hombert, son interprète et complice depuis cinq ans. À l’image de l’expérience que l’auteur de ces lignes a vécue lors de l’entrevue, Mme Hombert gère l’ensemble des communications entre Audrey, ses professeurs, ses camarades de classe et maintenant les patients qu’elle côtoie à la clinique podiatrique. Les échanges s’organisent autour d’un mélange de lecture sur les lèvres et de LSQ, le langage signé québécois.

Audrey Lessard en action à la clinique podiatrique en compagnie de son interprète Sonya Hombert.
Audrey Lessard en action à la clinique podiatrique en compagnie de son interprète Sonya Hombert.

Comment réagissent les gens une fois dans la salle d’examens? «Les patients sont habituellement avisés par le personnel de la réception qu’ils vont rencontrer une personne sourde accompagnée d’une interprète», explique Audrey Lessard. «Il y a habituellement deux types de réaction. Le fameux «Pauvre toi», qu’on entend souvent de la part des personnes âgées et le «Wow! C’est le fun, tu as beaucoup de courage». Les gens me demandent comment je ferai pour travailler plus tard. Je réponds en disant, de la même façon que je suis en train de le faire», raconte Audrey par la bouche de son interprète Sonya.

Audrey raconte que le plus grand défi consiste évidemment à mettre le patient en confiance. «Mon interprète doit gérer les communications, parce qu’évidemment je ne peux pas communiquer avec le patient pendant que je fais le traitement», précise-t-elle. Cette dernière estime qu’après deux ou trois visites d’un même patient, elle serait en mesure de travailler seule. On peut en effet échanger avec elle grâce à l’interprétation labiale. La future podiatre estime qu’elle pourrait amorcer sa pratique comme adjointe à un podiatre. À la lumière de sa nouvelle expérience clinique avec son interprète, elle entrevoit la possibilité de continuer en duo. «Je pourrais aussi embaucher Sonya comme assistante, je n’aurais même pas besoin de la former. D’ailleurs, j’espère qu’elle aura une attestation à la fin de la formation», lance-t-elle.

Audrey Lessard sait qu’elle a de la chance de pouvoir compter sur Mme Hombert, une interprète hors pair. Imaginez, depuis cinq ans elle suit le même parcours académique qu’Audrey. Elle pourrait passer les mêmes examens. Cette dernière a dû se familiariser avec la terminologie pharmacologique et maintenant celle de la podiatrie. «Il y a beaucoup d’interprètes qui se seraient sauvées en courant depuis longtemps», mentionne Audrey Lessard. Mme Hombert est sans doute la perle rare. Elle est probablement la seule au Québec à pouvoir traduire simultanément un entretien en anglais, pour ensuite le transmettre en français sur les lèvres et en langage signé.

Cette spécialité représentera un sérieux atout pour le duo, puisque la dernière portion du programme académique en médecine podiatrique exige la tenue d’un stage pratique obligatoire à New York. Il y aura certes beaucoup de détails logistiques à peaufiner, mais vous devinez qu’il en faudra davantage pour freiner sa détermination. Il n’y a rien d’impossible pour Audrey Lessard.

Source : http://entete.uqtr.ca © – 23/09/2007 à Canada

4 commentaires
  1. Guy Lessard dit

    Bonjour
    L’association des Familles Lessard est toujours a la recherche de Lessard exceptionel.
    Nous aimerions utilisé votre article en partie ou au complet dans notre prochaine revue qui est ditribué
    à nos membres partout au Canada et États Unis. Tout en mentionnent la provenance et votre site.

    Merci à l’avance
    Guy Lessard
    Trésorier, généalogiste

  2. Eliza Awa dit

    Je ne comprends pas pourquoi tu dis ” contre LSQ” Tu es SOURDE et Tu as besoin l’interpeter en LSQ ?!? Tu n’as pas besoin avoir tes serives les interpeters et en LSQ ,parce que tu es CONTRE LSQ ! Je suis HONTÉ de TOI !

    1. Alfonso dit

      Au lieu d’écrire n’importe quoi, écris dont rien pantoute! Surtout si tu sais pas écrire en français! Des études de médecine c’est déjà assez dur de même, je lui lève mon chapeau!

  3. Cucovaz Guillemette dit

    Il n’y a rien de plus beau que l’entraide et la coopération ; Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts a dit Isaac Newton ; Jésus quand à lui est allez plus loin en disant de faire au autres ce que l’on voudrait qu’ils fassent pour nous. Je cherche depuis de années à retrouver Sonya qui était venue chez moi à Paris. Je suis heureuse d’avoir trouvé cette page web. Bonne continuation. Guillemette

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