A Reims, les sourds se font entendre

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Expositions, théâtre, cinéma : le troisième festival de l’association Cinésourds débute ce matin au centre des congrès de Reims. Parmi les 1.800 participants attendus, une famille de la Marne qui espère ce moment depuis deux ans.

Dans la langue des signes : « festival », « clin d’œil » et « culture ». Ce sont Jean-Stéphane, Aurélien et Sophie qui le disent.
Dans la langue des signes : « festival », « clin d’œil » et « culture ». Ce sont Jean-Stéphane, Aurélien et Sophie qui le disent.

EN 2005, Sophie Manceaux est passée à côté de « Clin d’œil », le festival de l’association rémoise Cinésourds. Bénévole, elle participait à l’organisation du week-end. 1.200 malentendants étaient rassemblés en Champagne. Ils venaient de partout, de la Finlande au Japon en passant par la Russie et les Etats-Unis. Cette année, Sophie se promet de profiter en famille de l’intégralité du programme. Il y aura donc son mari, Jean-Stéphane, préparateur dans l’industrie agroalimentaire. Et leurs deux enfants, Aurélien et Julien. Ils ont respectivement 10 et 16 ans et, comme leurs parents, s’efforcent de vivre normalement.
« Le grand est né sourd, le petit le devient », explique une traductrice en lisant sur les mains de la jeune femme. Sophie se réjouit d’assister avec eux aux pièces de théâtre et aux projections dont ils sont privés toute l’année. L’offre est limitée : dans les cinémas de la ville, ils ne peuvent accéder qu’aux rares films étrangers sous-titrés. Il existe bien des spectacles adaptés à Paris, mais il faut se déplacer, ce que ne permet pas toujours le budget.
A la télévision, l’offre est évidemment très réduite. « Impossible de suivre un documentaire ou, par exemple, une émission de Delarue. On n’arrive pas toujours à lire sur les lèvres. Alors, parfois, on regarde mais on ne comprend pas », regrette Sophie. C’est frustrant : « Les témoignages, les expériences des gens, je trouve ça enrichissant. »

Identité

Sophie et son mari se sont rencontrés il y a plus de vingt ans, sur les bancs d’une école de sourds. Leurs enfants bénéficient d’un dispositif d’intégration qui leur permet de suivre une scolarité normale, avec un soutien spécifique. Pour Sophie, ce contact avec les autres enfants est précieux.
Même si elle se sent partout à son aise, le handicap complique forcément la vie sociale. Elle s’est toujours sentie « à égalité » avec les entendants mais reconnaît qu’une barrière empêche parfois de nouer des liens plus étroits : « Aux Mesneux, nous avons de bonnes relations avec nos voisins mais il y a un moment où il devient difficile d’échanger. »
L’aîné a renoncé à porter ses prothèses auditives. Sophie ne s’en est pas étonnée : « Moi aussi, à l’adolescence, je les ai déposées. C’était une façon pour moi de reprendre possession de mon identité. » Une identité qu’elle se réjouit de partager avec les 1.800 participants attendus : « Ce festival, c’est une vraie respiration culturelle. »
Le rythme biennal de « Clin d’œil » lui convient. « On attend avec impatience et le week-end sera dense. Mais s’il devait avoir lieu plus souvent, le festival risquerait de s’essouffler. Je ne suis pas sûre que les organisateurs aient la possibilité de trouver de nouvelles pièces chaque année. » Aurélien est déjà inscrit à un atelier pour enfants. Ses copains de classe n’assisteront probablement pas à la représentation prévue en fin de stage : il a oublié de les prévenir. L’idée ne lui est même pas venue à l’esprit. « Je ne sais pas si ça les intéresserait », s’interroge l’écolier.

Source : http://www.journalunion.com -29/06/2007 à Reims (France)

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