Sourds. René fait parler la foi

0

Curé en croisade, René Bescond est, depuis 40 ans, une passerelle indéfectible entre le monde du ssilence et l’Eglise. Son univers.

Depuis un jour de 1968, où René Bescond s’est retrouvé au milieu d’une assemblée de 250 sourds à prêcher avec les mains, le père n’a jamais cessé de jouer son rôle de passerelle entre le monde du silence et l’Eglise.30

Baptêmes, mariages, enterrements… Pour animer ces étapes essentielles de leur vie religieuse, les sourds ou malentendants sollicitent, de toute la Bretagne (et même, autrefois, des régions limitrophes), le père Bescond, aujourd’hui basé à Pleyben. « Mon souci à moi est que le message passe clairement ». Or, en France, parmi ses pairs, ils sont à peine une dizaine à maîtriser, comme lui, « le français signé », mode d’expression aussi bien accessible à ceux qui pratiquent la langue des signes, qu’à ceux qui lisent sur les lèvres. « On va à l’essentiel » Ce qui change, ici ? « La sobriété. Les cérémonies sont moins bavardes. Au fond, dans une cérémonie classique, il y a beaucoup pour l’oreille et pas assez pour la vue. Là, il y a des écrits, un décor. L’accent est mis là-dessus. Nous allons à l’essentiel. On me dit : « J’aime bien quand René prêche avec les mains ». Mimer. Gestuer. Parler plus lentement. Et moins ». C’est un jour de 1968, à Quimper, que le « père en mission » s’est jeté dans la bataille pour que se délite un peu le cloisonnement dans lequel, trop souvent, les personnes à l’oreille déficiente restent confinées. « Ce fut mon Mai 68 à moi. Un beau jour, je me suis retrouvé planté au milieu d’une assemblée de 250 personnes sourdes. D’anciens élèves des instituts privés d’Auray, Nantes et Saint-Brieuc. J’y avais été convié car j’étais capable de communiquer avec eux. Et j’ai reçu un coup de poing, comme une évidence : quelque part, j’appartiens à ce monde ». « Le sourd n’existe pas » Ses parents, en effet, étaient sourds. « Mon papa, cordonnier à Pont-de-Buis, l’est devenu à cinq ans, après avoir souffert d’une méningite. Ma « petite mère », comme je l’appelle, est tombée du ventre de la sienne à sept mois et demi. Sourde. On l’a mise dans une boîte à chaussure, avec de la ouate autour, et elle a largement survécu ». Derrière le second degré, dont il use volontiers, point une solide amertume. Le temps où le malentendant était placé en hôpital psychiatrique n’est, en effet, pas si éloigné de nous. « Or, le sourd, ça n’existe pas. Ce sont les personnes sourdes qui existent. C’est leur entourage qui fait qu’elles parviennent à communiquer ou pas. La confusion entre le contenu et le contenant est malheureusement fréquente. Si vous avez le nez de travers, l’intelligence doit l’être aussi. C’est grave ça. Car c’est valable pour toute sorte de handicap ». Depuis 1968, année où sa destinée lui est, enfin, clairement, apparue, l’abbé (74 ans), investi plus que jamais dans sa mission, contribue à ce que le regard des autres change. « Après cette assemblée où, paraît-il, j’étais à filmer, je n’ai pas dormi de la nuit. Le lendemain, je suis allé trouver mon évêque. Je lui ai dit : il faut que je parte. Il m’a répondu « Oui ». Et le centre Gabriel-Deshayes à Auray m’a capturé, pour vingt ans. Un enlèvement de première classe ».

Source : http://www.letelegramme.fr © 7 Novembre 2006 à Quimper

Écrire un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.