Les 150 ans de La Persagotière
124 Vues, Publié par Philippe dans A la une - Novembre 2006, tags: Nantes
Imprimer
L’Institut pour jeunes sourds de La Persagotière fête ses 150 ans, vendredi et samedi.
L’établissement sera ouvert aux visites.
L’institut accueille des jeunes sourds et malentendants, des jeunes ayant des troubles complexes du langage. Parmi les 155 jeunes sourds suivis à l’Institut, cinquante sont accompagnés par les professionnels là où ils vivent. Martine Frison et Jean-Yves Le Capitaine, chefs de service, expliquent les évolutions qui permettent une meilleure intégration individuelle du jeune sourd.
L’institut de la Persagotière fête ses 150 ans. En un siècle et demi, qu’est-ce qui a changé ?
L’institut était pionnier, en arrachant les jeunes sourds à l’hôpital psychiatrique pour les scolariser. Aujourd’hui, nous vivons la réintégration des jeunes dans la Cité. Ils sont pour la plupart scolarisés chez eux, là où sont leurs parents. Il y a 200 ans, leur destin était celui de « l’idiot du village ». Nous rompons avec deux siècles de pratique, et la loi de 2005 va au-delà de l’intégration, elle proclame l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées. On demande donc aux institutions de faire aussi l’effort de s’adapter au handicap.
Qu’ont apporté les frères de Saint-Gabriel, fondateurs de l’institut ?
Ces pionniers étaient des chercheurs, des techniciens, des linguistes, des éditeurs de manuels, de formidables travailleurs. L’Institut a été un vivier de formateurs pour toute la France. Ils mettaient des machines au point pour entraîner l’ouïe, réveiller la motricité verbale.
Ces techniques, vous les utilisez toujours ?
Aujourd’hui, c’est le professionnel lui-même, sans recours à l’oscilloscope, qui évalue la qualité de la voix. On se passe des machines, dont certains enfants ont souffert, on ne travaille plus en cherchant une production mécanique de son.
Parce que c’est la conception de la personne qui a changé ?
Auparavant, le corps était morcelé, la voix dissociée du corps, et l’enfant travaillait sous emprise militante et religieuse. C’était parfois très intrusif. Depuis, nous avons appris certaines choses sur le respect de la « zone de protection » de l’enfant. Et le tabou du corps est tombé. La colonne du son prolonge le mouvement du corps, les mots viennent en vivant les choses.
La technique a, elle aussi, progressé ?
Aux origines, il y avait le cornet acoustique ! On amplifiait le son. Aujourd’hui, on sait qu’il ne suffit pas d’amplifier pour obtenir la compréhension. Car c’est le cerveau qui entend. On travaille sur les « restes » de capacité de l’oreille interne, car il n’existe pas de surdité totale, la perception des graves demeure. On ne parle plus en termes de déficit, mais de potentiel. L’objectif est de développer la technique labiale, récupérer ce qui peut l’être d’audition par prothèses internes, et donner au jeune sourd la possibilité d’exprimer des sentiments, des besoins… Car l’être humain ne se développe pas seul. Le langage est ce qui fait de lui un sujet.
Et pour développer la parole du sourd, il faut comprendre son univers.
Le sourd capte des indices visuels qui ne donnent pas toute l’information. Il a une perception moindre du hors-champ. Dans son lit, l’enfant sourd n’entend pas sa mère arriver, quand elle s’éloigne, il ne l’entend pas continuer à lui parler, donc il ne va pas intégrer le temps de l’attente. Il ne vit pas dans le grand continu sonore qui est le bruit du monde. Et la construction de soi est très difficile pour l’enfant qui n’entend pas sa mère lui raconter comment c’était quand il était petit.
Où en est-on de l’égalité devant l’emploi ?
Les sourds font l’expérience bien réelle du handicap. Aux USA, on trouve des sourds avocats, pas en France, où ils ne peuvent pas être médecin, en vertu d’on ne sait quelle loi poussiéreuse !
Lorsque je rencontre un sourd, que dois-je faire ? Appeler un interprète ?
Vous restez calme, vous parlez lentement pour qu’il vous comprenne. Vous ne vous dites pas que vous ne comprendrez jamais ce qu’il vous dit, mais vous tendez l’oreille.
Institut Public pour Jeunes Sourds et Malentendants La Persagotière, 30, rue du Frère-Louis à Nantes. Vendredi, soirée sur invitation, présentation d’un film ensuite diffusé sur Télénantes. Samedi matin (9 h 30-12 h) : cycle de conférences historiques et médicales. Expositions et visites permanentes de 9 h à 16 h 30.
Source : http://www.ouestfrance.fr © 24/11/2006 à Nantes (France)


Bulletins (RSS)