A l’école Pauline-Kergomard, les enseignants travaillent main dans la main avec les spécialistes de l’IRP
A priori, en entrant dans la classe, rien ne permet de les reconnaître parmi les autres. Hormis, peut-être, la discrète prothèse auditive qui leur enserre l’oreille. C’est qu’ici, à la maternelle Pauline-Kergomard, on a voulu que rien ne distingue ces jeunes enfants sourds de leurs petits camarades. Car tout est fait pour que ceux qui souffrent de ce handicap soient intégrés à ceux qui, eux, entendent normalement. Même activités, mêmes horaires, même pédagogie. « C’est très bien que les sourds soient intégrés très jeunes à l’école car à cet âge, les enfants communiquent encore beaucoup avec les gestes », remarque Evelyne Javerliat, qui s’occupe d’une des deux classes des petits de 2-4 ans.
Car sur les 180 élèves qui fréquentent l’école, dix sont déficients auditifs, avec un maximum de trois par classes. Bien entendu, ces enfants sourds bénéficient d’heures de soutien particulières, dispensées au sein même de la maternelle. Une équipe de l’Institut de réhabilitation de la parole et de l’audition (l’IRPA, basé à Ronchin), composée d’une institutrice spécialisée et d’une orthophoniste, est intégrée à l’équipe enseignante de l’école Pauline-Kergomard.
Dans une classe à part, Marie et Sana, chacune avec un casque audio sur la tête, écoutent et regardent Marie-Laure Lesur, l’orthoponiste de l’IRPA. Une comptine apprise dans la classe de Mme Dinghuin, la directrice de l’école qui s’occupe de la classe des grands, est reprise par l’orthophoniste avec, comme support, des graphismes phonétiques et des mouvements effectués par l’adulte, qui aident les deux petites filles sourdes à mémoriser le texte de la chanson. « On utilise la grande plasticité mentale de ces jeunes enfants et l’on recourt à la polysensorialité, c’est-à-dire à l’utilisation de plusieurs sens, pour développer les connexions neuroniques et leur intelligence », explique M. Rabary, directeur pédagogique de l’IRPA, qui assiste à la séance.

Résultats stupéfiants
Pour l’observateur qui n’est pas accoutumé au savoir-faire des professionnels de l’IRPA, les résultats paraissent stupéfiants. Et ça n’est pas sans une certaine émotion que l’on écoute Marie et Sana, pourtant toutes deux atteintes de surdité profonde, répéter les paroles de la comptine. Car, s’ils sont correctement pris en charge, les enfants sourds peuvent très bien apprendre à parler : la démonstration en est faite ici depuis des années. Ce que confirme le témoignage de Myriam Benyoub, la maman de Tiffany, qui apprend aujourd’hui à lire et à écrire en CP, à l’école primaire Brossolette voisine où elle bénéficie là aussi du soutien des professionnels de l’IRPA. « Au début, on ne voulait pas mettre Tiffany à l’Institut car on croyait qu’elle allait apprendre le langage des gestes et on ne voulait qu’elle s’enferme dans ce seul type de communication. On l’a mise en classe à l’école Kergomard en 1997, dès la petite section. Elle s’est épanouie et a fait des progrès énormes en langage, raconte la maman dont le visage s’illumine. A la maison, aujourd’hui, tout le monde la comprend et Tiffany ne fait plus de crises dues à ses problèmes de communication. Elle se comporte comme tous les enfants. » Quel plus beau compliment faire aux professionnels de l’IRPA et aux enseignants de Kergomard ?

26/09/2001 à Ronchin

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