Parler avec les mains

0
76

LES ENFANTS DU SILENCE de Mark Medoff Traduction de Titanne Simons


Voici une pièce qui ne pouvait naître qu’aux Etats-Unis. Parce qu’on s’y occupe mieux que nous des minoritaires et des handicapés. Parce qu’on apprend dans les universités à écrire des pièces de théâtre selon des recettes interchangeables mais efficaces. On ne peut guère résister à ce sujet à la fois pathétique et raccrocheur dans son optimisme de commande, qui n’est pas sans rappeler celui de « Miracle en Alabama ». Ici, un institut de sourds-muets. Un jeune professeur qui tombe amoureux d’une « élève » particulièrement difficile, révoltée et inguérissable. Il l’épouse. Ils ne peuvent communiquer entre eux que par signes. Longtemps, il voudra lui apprendre à parler, à lire au moins sur ses lèvres la forme des mots, jusqu’au jour où il comprendra que toute la dignité de cette femme, son être même, réside dans sa profonde différence, dans cette souple gesticulation qui est son vrai langage.
Si, au début, on craint le pire, si l’acteur principal, Jean Dalric, qui n’est pas sans talent, a la voix et les intonations des comédiens qui doublent les films américains, on est vite conquis par ce dialogue, souvent hallucinant, entre ceux qui parlent avec leur bouche et ceux qui parlent avec leurs mains. Il faut dire aussi qu’à côté de trois comédiens « normaux » on est entièrement séduit par les demi-sourds, Monica Flory et Christian Deck, qui n’étaient jamais montés sur une scène, pleins de charme et de drôlerie. Quant à l’héroïne de la pièce, murée dans son silence ou éclatant, un court instant, dans des cris inarticulés, elle est tout à fait prodigieuse. Elle s’appelle Chantal Lienel et s’est consacrée au théâtre pour sourds-muets, l’I.V.T. (communauté internationale de théâtre visuel), installé au château de Vincennes. On a l’impression que, sourde elle-même, elle joue son propre rôle et que son talent et son intelligence refusent par avance notre pitié. Bonne mise en scène de Pierre Boutron, secondé pour le langage des signes par deux animateurs du Théâtre visuel, Alfredo Corrado et Bill Moody.
Beau décor d’André Acquart. Un grand succès en perspective.

Source : Le Nouvel Observateur © 02 Octobre 1982 à Paris

Écrire un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.